Egypte : l’inadmissible violence de l’armée

Egypte : l’inadmissible violence de l’armée

 

 

Un convoi militaire égyptien, près de la place Tahrir, pendant les affrontements entre opposants et partisans du président déchu, Mohamed Morsi, au Caire, le 5 juillet.

 

Si l’armée égyptienne avait voulu prouver qu’elle est incapable de ramener un peu de paix civile dans le pays, elle ne s’y serait pas prise autrement. Si elle avait souhaité montrer qu’elle n’est pas l’acteur neutre et impavide qu’elle prétend être en ces heures dramatiques pour l’Egypte, elle se serait comportée exactement comme elle l’a fait lundi matin 8 juillet, au Caire.

Loin d’aider le plus grand des pays arabes à retrouver un peu sérénité, au lendemain du coup d’Etat de la semaine dernière, elle a contribué à le plonger un peu plus dans le chaos et la violence.

L’armée a tiré sur des centaines de sympathisants des Frères musulmans devant le club des officiers de la garde républicaine. Ils s’y étaient donné rendez-vouspour la prière du matin et afin de réclamer la libération de Mohamed Morsi, l’un des leurs, chassé du pouvoir par l’armée le 3 juillet, et qu’ils pensaient être détenu en ce lieu.

Y a-t-il eu provocation ? L’armée a-t-elle réagi à quelques tirs isolés ? Certains manifestants ont-ils tenté de prendre d’assaut le camp de la garde ? Les faits sont encore discutés, mais non le nombre de manifestants tombés sous les balles des soldats – au moins 51 –, ni celui des blessés – plusieurs centaines.

La majorité des récits collectés par la presse internationale fait état de tirs délibérés de l’armée sur des manifestants très largement pacifiques. Certains ont été tués ou blessés dans le dos, à plusieurs centaines de mètres de l’entrée du camp de la garde républicaine, comme s’ils avaient été poursuivis par les soldats.

Que l’armée ait cédé à une provocation ou ait perpétré un massacre de sang froid, le résultat est le même : une tragédie humaine et un désastre politique. Pire qu’un crime : une erreur, diraient les tenants de la realpolitik.

Déjà ulcérés que M. Morsi ait été chassé du pouvoir, un an après avoir été démocratiquement élu, les Frères se voient confortés dans leur complexe de « martyrs ». Ils peuvent être à nouveau tentés par la clandestinité, certains d’entre eux appelant déjà au « soulèvement », bref à une radicalisation.

Avant même les morts de lundi, l’armée a entrepris d’emprisonner les dirigeants des Frères. Elle laisse les foules mettre leurs locaux à sac. Elle impose la fermeture de leurs chaînes de télévision.

Certes, M. Morsi est d’abord tombé du fait de l’impopularité de la politique qu’il menait, de son incapacité à gouverner dans l’intérêt général, de sa passivité devant les appels à la violence sectaire lancés dans son propre camp. M. Morsi a échoué parce qu’il a gouverné pour les Frères, quand il aurait dû rassembler. Or c’est précisément ce dont l’Egypte a besoin.

L’armée a promis d’organiser au plus vite des élections législatives. Dans cette période intérimaire, elle doit rassembler, non exclure ; tendre la main aux Frères, pas les rejeter. Par son action de lundi, elle a fait éclater la coalition de libéraux et d’islamistes anti-Morsi. Elle a rendu plus difficile encore la constitution d’un gouvernement de transition. Elle devrait avoir à coeur d’apaiser. Elle donne l’impression de vouloir se venger.

Egypte : « Ils tiraient, ils avançaient, ils tiraient, ils avançaient: ».

Egypte : « Ils tiraient, ils avançaient, ils tiraient, ils avançaient: ».

Au moins 50 militants pro-Morsi ont été tués, lundi, dans une attaque de l'armée. Des témoignages évoquent un carnage délibéré, destiné à faire reculer les islamistes.

 

Le Caire (Egypte), envoyé spécial. L’ambulancier fume une cigarette, adossé à la cahute d’un vendeur de boissons fraîches, à la sortie de l’hôpital de Madinat Nasr, un quartier de l’est du Caire. « L’armée et la police ont tiré sur le peuple sans raison, c’est aussi simple que ça », raconte-t-il sous couvert d’anonymat, à propos de l’attaque par les forces de sécurité égyptiennes, lundi 8 juillet, d’un sit-in islamiste, au cours de laquelle un soldat et une cinquantaine de manifestants ont été tués, selon un bilan encore provisoire.

« Même les blessés se faisaient matraquer. Le moindre manifestant qui osait dire‘Morsi est mon président’, prenait une raclée. » Il jette son mégot, et avant derejoindre son ambulance, lâche, le visage décomposé : « Je vis dans ce pays et j’ai peur pour lui. » Au deuxième étage de l’hôpital, Abdel Hafez Saber, un ingénieur agronome de 38 ans, est allongé dans un lit poissé de sang. Il a été touché par balle en trois endroits – les deux cuisses et le bras – avant d’être frappé à la tête, désormais enveloppé d’un gros bandage.

Lire les dernières informations : « L’armée présente ses ‘condoléances’, mais ne tolérera aucune ‘menace' »

Comme des milliers d’autres militants et sympathisants des Frères musulmans, il manifestait devant le club des officiers de la garde républicaine, un bâtiment deMadinat Nasr, où la rumeur veut que Mohamed Morsile président islamiste déposé mercredi par l’armée, soit séquestré. Vendredi, un premier accrochage avec le cordon de soldats déployés devant le club avait fait trois morts dans les rangs des pro-Morsi. Mais la foule, bien décidée à maintenir la pression sur l’armée, n’avait pas reculé d’un mètre.

Lundi, selon Abdel Hafez Saber, qui est originaire d’Alexandrie, les militaires sont revenus à la charge avec la ferme intention de « nettoyer » le site. Vers 3 h 45 du matin, alors que les manifestants étaient occupés à prier, les forces de sécurité ont attaqué depuis « trois directions à la fois », explique-t-il.

« DES GRENADES LACRYMOGÈNES, PUIS DE LA GRENAILLE ET DES TIRS À BALLE RÉELLE »

« Il y a d’abord eu des tirs de grenades lacrymogènes que nous leur avons renvoyées. Puis de la grenaille et des tirs à balle réelle ». Ali Hassan, son voisin de chambre, blessé par balle dans le haut de la cuisse, décrit une opération soigneusement planifiée, qui a pris par suprise les manifestants. « On était en train de prier, les enfants dormaient, il n’y avait aucune provocation de notre part,affirme-t-il, à rebours de la version de l’armée qui soutient que des « terrorsites armés » ont tenté de pénétrer de force dans le club de la garde républicaine.

« Et puis ils se sont mis à attaquer, poursuit Ali Hassan. Ils tiraient, ils avançaient, ils tiraient, ils avançaient. » Selon le chef des urgences de l’hôpital, Seifeddin Abdel Shakour, la localisation des impacts de balles, relevés sur les cadavres, ne trahit aucune consigne de tir spécifique. « On a trouvé des impacts sur toutes les parties du corps, pas seulement dans la tête ou le thorax, dit-il. Cela montre qu’il n’y avait pas d’intention de ‘tirer pour tuer’. Mais cela témoigne aussi du fait qu’aucun effort n’a été fait pour épargner des vies humaines ».

Signe de l’extrême brutalité de l’attaque, un chauffeur d’ambulance a été tué et un brancardier blessé, selon Ahmed Al-Morsi, superviseur à l’organisation égyptienne des ambulanciers. Un imam de l’université Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, figure aussi parmi les blessés. Coiffé du traditionnel turban rouge et blanc, il est couché sur un brancard, à l’entrée des urgences, la jambe bandée du pied au genou.

« Nous formions une chaîne humaine au premier rang, entre les militaires et les manifestants, pour éviter tout dérapage, raconte ce religieux de 31 ans nomméHatem Farid Mahdi. On coopérait avec les soldats de la garde républicaine, on leur donnait de l’eau. Et puis sans la moindre sommation, ils se sont mis à attaquer. »Circulant de chambre en chambre pour relever le nom des blessés, Hassan Shedid, un avocat dépêché par les Frères musulmans, parle de « massacre perpétré contre des manifestants pacifiques ».

UNE COMMISSION D’ENQUÊTE « EN COURS DE FORMATION »

Vêtu d’un costume vert olive bon marché, ce petit homme assure qu’une commission d’enquête est en cours de formation et que ses conclusions seront transmises au procureur général du Caire. Le président par intérim, Adli Mansour, tout en exprimant sa peine pour les victimes, a appuyé la version de l’armée. Il a évoqué « une tentative d’invasion du QG de la garde républicaine » et exhorté les pro-Morsi à se tenir à l’écart des installations militaires.

A la sortie de l’hôpital, une doctoresse interpelle les journalistes étrangers. « Et vos collègues égyptiens, où sont-ils ? », demande-t-elle, en référence à l’absence manifeste de reporteurs locaux, dans les couloirs de l’hôpital. « Est-ce que cela n’en dit pas long sur ce qui se passe dans ce pays ? Est-ce que c’est ça, la fameuse ‘relance de la révolution’ dont les manifestants de Tahrir ne cessent de parler » ?

Lundi matin, la principale chaîne de l’audiovisuel public égyptien ne parlait pas des morts dans les rangs de manifestants islamistes. Elle se contentait d’évoquer le sort de l’officier tué par balle dans les événements de la nuit et de passer en boucle des images, impossibles à authentifier, attestant d’actes de violence de la part des islamistes. On y voyait notamment des officiers de police, extirper des couteaux et quelques balles, de l’intérieur de sacs qui aurait été abandonnés sur le site de la confrontation.

La télévision égyptienne montrait aussi des images d’adolescents en train delancer divers objets, notamment des cuvettes de toilettes, depuis le toit d’un immeuble, sur ce que l’on imagine être les forces de sécurité déployées en-dessous. « Regardez-moi ces terroristes, il faut les flinguer, s’emportait Ashraf Al-Khadem, le propriétaire d’une agence de voyage, qui regardait ces images, dans le lobby d’un hôtel. Quand on se fait agressertirer n’est pas un luxe, c’est un droit. »

Pour l’armée, l’objectif est rempli. Les alentours du club de la garde républicaine ont été dégagés. Un cordon de blindés supplémentaires s’est déployé. Repliés quelques centaines de mètres plus loin, derrière un mur de briques construit à la va-vite, les pro-Morsi se préparent au prochain assaut.

Benjamin Barthe

Le Monde.

Djibouti, le pays qui voit les salafistes partout

Djibouti, le pays qui voit les salafistes partout

Pour asseoir sa dictature, le régime de Djibouti accuse les partis politiques de collusions avec les groupes salafistes.

Le blog Cahier nomade vous propose un entretien avec Abdillahi Adaweh Mireh, secrétaire général de Model (un parti d’opposition non légalisé, à Djibouti), par dans le bimensuel Le Temps du 16 mai 2013, avec l’aimable autorisation de la rédaction du journal.

Titulaire d’un DEA de philosophie, Abdillahi Adaweh a été professeur de philosophie. C’est un homme discret, connu et apprécié de tous, qui  a acquis une grande expérience dans le secteur de la formation et de l’éducation nationale, respectivement comme enseignant du primaire puis du secondaire et enfin comme inspecteur. Directeur de l’Institut national d’administration publique… il avait décidé de s’engager en politique, en contribuant à la création du parti Model non légalisé mais membre de la coalition de l’opposition USN. Nous l’avons interrogé en sa qualité de secrétaire général de ce jeune et dynamique parti qui suscite beaucoup de questionnements.

Le Temps: En quoi la crise que traverse notre pays rappelle-t-elle celle au début des années 90, après la chute du mur de Berlin?

Abdillahi  Adaweh  Mireh: Il me semble que beaucoup de choses ont changé ces dernières années, la démocratie et l’Etat de droit gagne du terrain, je pense que nous sommes à un tournant dans l’histoire de notre pays. Notre pays doit changer, et doit changer dans le sens de plus de démocratie, plus de transparence et plus de respect des partis politique d’opposition. Il faut comprendre que les opposants sont utiles au pays, contrairement à ce que l’on dit, ce sont avant tout des citoyens qui désirent servir leur pays avec loyauté et abnégation, je pense qu’ils méritent un meilleur traitement.

Le Temps: Pourquoi un parti aussi structuré que le Model et jouissant au moins d’une base populaire n’a pas été légalisé?

AAM: Model est un parti comme vous le dites si bien, structuré avec une base solide, le 30 novembre 2012 nous avons déposé le dossier de légalisation. Ce dossier a été rejeté par le ministère sur la base en gros d’une enquête diligentée par la police et le refus de reconnaitre unilatéralement aux personnalités qui ont parrainé le parti la qualité de caution morale. Après ce rejet nous avons fait appel devant la cour suprême qui, à son tour, a rejeté notre demande pour un motif lié, dit-on, à une question de dépôt de mémoire ampliatif à l’appui de la requête.

Nous ne sommes naturellement pas satisfaits de ces rejets et nous continuerons à épuiser toutes les voies légales de recours pour faire valoir notre droit constitutionnel de fonder librement un parti politique. La liberté d’association étant un droit garanti par la constitution nous laissons l’histoire et le peuple  djiboutien juger ce refus qui n’est pas justifié et justifiable.

Le Temps: Pour expliquer son refus de légalisation le gouvernement a laissé courir des rumeurs selon lesquelles le Model compose avec la donne salafiste régionale voire même internationale, qu’est ce qui explique une telle diabolisation?

AAM: (Rire) Sincèrement est-ce que j’ai «une gueule» de salafiste ou de terroriste?

Le Temps: Non on sait qu’il faut juste trouver un argument pour rejeter votre demande.

AAM: Bon dans ce cas pourquoi créer un problème qui n’existe pas pour justifier cet abus d’autorité ? C’est pourquoi l’idéal serait de poser cette question au gouvernement, mais model n’a jamais composé avec aucune force extérieur qu’elle soit régional ou international, model désire servir avec loyauté et justice les citoyens  Djiboutiens quel que soit leur religion et leur appartenance politique, pour notre parti l’intérêt du peuple djiboutien passe avant toute autre chose.

Le Temps: Aujourd’hui, on dirait que le Model est tiraillé entre son adhésion au processus démocratique et la rumeur de son attachement à ses dogmes, est ce que vous pouvez nous dire davantage sur ce que le philosophe croit et quels sont les fondamentaux du Model?

AAM: Vous savez, il y a ce que vous êtes réellement et ce que les autres croient que vous êtes, le parti model n’a jamais dit qu’il était un parti islamiste, dans aucun de nos documents, il n’est mentionné que nous allons instaurer la charia, d’ailleurs, la Constitution l’interdit, on ne peut pas créer un parti qui représente une confession, qu’il s’agissent de l’islam ou des autres religions, donc nous n’avons jamais compris pourquoi cette étiquette d’islam nous colle à la peau.

Il est vrai que des religieux connus et respectés dans le pays font partie des fondateurs du parti, mais je pense que les religieux sont des citoyens comme nous tous, ils ont le droit d’adhérer à un parti comme nous tous, pourquoi n’auraient-ils  pas ce droit? Est-ce que cela veut dire que si un religieux ou deux sont membres d’un parti, alors tout le parti est islamiste.

Si par islamiste, on entend que la grande majorité des membres fondateurs du parti sont musulmans, c’est tout à fait vrai, nous sommes musulmans et nous le revendiquons, nous n’avons pas honte de notre religion, mais en revanche si par islamiste on entend mouvement radical, ce n’est pas vrai nous n’avons jamais été des radicaux, et nous ne le serons jamais.

Je comprends pourquoi les gens ont une certaine crainte, vu tout ce qui se passe dans le monde et à coté de nous en somali, il y a une forte crainte des mouvements radicaux, mais notre parti n’a rien à voir avec ces mouvements radicaux.  Nous pensons que les  3 oulémas, considérés comme des extrémistes, font partie des religieux qui ont toujours combattus l’intégrisme et le radicalisme islamiste.

Nous pensons même que si notre pays a échappé au radicalisme de tout bord, c’est grâce à eux, d’ailleurs nous leur rendons hommage pour leur engagement en faveur de la modération et le refus de tomber dans l’extrémisme.  Il me semble que si  l’on désire comprendre réellement la philosophie d’un parti politique, il faut s’intéresser à ces documents fondamentaux comme le statut, c’est sur ce document qu’il faut juger un parti et non sur ce que l’on dit. Et pour finir, je crois devoir rappeler que ce n’est pas le Model mais l’UMP (le parti au pouvoir, Ndlr) qui a rajouté à l’article premier de la Constitution que l’islam est la religion de l’Etat. Est-ce que pour autant on dit de l’UMP que c’est une coalition islamiste, salafiste ou de je ne sais quelle autre idéologie radicale. Non alors que tout le monde sait que ce rajout visait à aguicher les voies des citoyens sensibles aux questions religieuses.  Pour fermer cette petite parenthèse, je pense qu’il faut que ceux qui ont vocation à faire de la politique acceptent que l’engagement politique mérite sincérité et honnête intellectuelle.

Le Temps: Est-ce que votre mouvement se revendique de l’islam politique en comparaison à ceux de la démocratie chrétienne dans l’Europe de la fin du XIXe et début du XXe siècle et à ceux de la Turquie, d’Indonésie, du Maroc… et à ce titre vous souhaiteriez vous soumettre à la dialectique électorale de la victoire et de l’échec?

AAM: La population djiboutienne se revendique dans sa grande majorité de la religion islamique, nous faisons parti de cette grande majorité, qui appartient à l’islam et notre appartenance à cette grande religion qu’est l’islam est profonde. Cependant, nous sommes avant tout, un parti politique qui se veut républicain et laïque, nous n’avons aucunement l’intention d’instaurer la charia, ni de couper la main aux voleurs, et d’ailleurs la diversité des membres fondateurs en témoigne, dans notre parti vous trouver des personnes cultivées formées en Occident, les cadres de la fonction publique et établissements publics et privés, mais aussi, des simples agents, des mères de famille, des jeunes et des plus âgés. Tout cette diversité est réuni pour une seule et unique raison, défendre la justice, la liberté et maintenir la stabilité de ce merveilleux pays envié par tous les habitants de notre sous-région.

Les membres-fondateurs de notre parti sont composés de citoyens épris de justice, de liberté et de patriotisme. Nous voulons instaurer une République démocratique, laïque et respectueuse des droits humains et des valeurs profondes de notre société. Une République qui permet à tous ses enfants de s’épanouir, quel que soit sa religion, et son appartenance politique.

Le Temps: En vous posant la même question autrement, est-ce que vous pouvez succinctement nous dire le plus clairement possible ce qui peut être compris comme une divergence idéologique du Model avec la pensée traduisant les fondements basiques des Frères musulmans?

AAMLes frères musulmans ont fait un choix clair, celui d’un parti dont la mission première est d’instaurer un système politique basé sur l’islam, nous respectons ce choix. Mais nous ce que nous désirons c’est une république, une, indivisible, solidaire et respectueuse des droits fondamentaux de chacun.

Le Temps: En analysant les traits saillants de la crise post-électorale force est de constater qu’au sortir des élections le régime a fait du démantèlement du Model la première de ses priorités, qu’est-ce que le Model a bien pu faire de plus que les autres partis de la coalition USN?

AAM: Nous nous posons tous cette question, mais nous n’avons malheureusement pas la réponse. Nous pensons avoir  cependant quelques idées sur cet acharnement contre le model: est-ce l’assise populaire, l’intégrité de ses membres, son rôle dans l’unification de l’USN ou la nouvelle vision politique véhiculé par le MoDeL à Djibouti qui est prit en menace par le régime. Autant d’interrogations, mais nous n’avons malheureusement pas la réponse.

Le Temps: Si la crise perdure et qu’aucune sortie n’est trouvée, la question est de savoir jusqu’où l’USN va-t-elle aller et peut-t-elle aller?

AAMJe suis un homme  optimiste par nature, je crois qu’une solution va être trouvé, nous avons confiance à l’intelligence de nos dirigeants quel que soit leur appartenance politique. Il faut comprendre qu’un pays ne peut pas fonctionner si les béligérants ne font pas preuve d’un minimum du sens du compromis. En politique, il faut savoir négocier, la négociation est un moyen de sortir de l’impasse politique, de redonner de l’espoir au peuple djiboutien, loin de dégrader l’ouverture d’un dialogue grandi. Nul n’a intérêt à une dégradation de la situation.

Le Temps: Pensez-vous que le traitement violent du gouvernement de l’impasse succédant aux élections soit susceptible de changer le rapport de force en faveur de l’UMP?

AAM: Les élections dans presque tous les pays en voie de développement sont des périodes à haut risque, il y’ a souvent beaucoup de violence. Ces élections à Djibouti n’ont pas fait exception, les forces de l’ordre justifiait les multiples répressions qui ont eu lieu par le maintien de la sécurité et la stabilité, est-ce vraiment pour cette raison ou est ce qu’il y a des raisons politiques ? Je pose la question, je n’ai pas la réponse.

Le Temps: Aujourd’hui ou demain, il y aura inévitablement un courant politique, pas force lié au Model, qui ira vers la pensée salafiste et un autre de religieux qui choisira de s’inscrire dans la démocratie et le modernisme, comme cela s’est passé en Turquie entre Erdogan et Erbakan, le Model quant à lui ira vers quelle direction?

AAM: Model refuse par principe tout ce qui est extrémisme, notre parti désire servir les intérêts du peuple djiboutien. Nous sommes profondément démocrates et républicain et le peuple djiboutien l’a très bien compris, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le peuple de Djibouti a beaucoup d’estime pour notre parti ; nous sommes l’avenir, nous représentons une autre façon de faire de la politique, nous représentons une nouvelle génération d’homme politique, loyaux et des grands serviteurs de la république. Nous pensons  que désormais il faut aborder la politique avec une nouvelle approche, une conception  qui place le citoyen au cœur des décisions de l’Etat.

Le Temps: Quelle est selon vous le but de la stratégie du gouvernement qui consiste à marginaliser les religieux de votre parti, c’est un clin d’œil aux non religieux pour les appeler à quitter le mouvement?

AAM: Personnellement, je pense que model  a été créé à une période qui n’était pas la bonne, une période électorale, une période de tension, une période où les passions étaient    à leur comble. Je pense que si model était née, une année auparavant, la situation serait différente et le sort  qui a été réservé à notre parti serait aussi différent. Je pense que c’est plus la période plutôt que les idées véhiculés par le Model qui est en cause.

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien Le Temps, n° 27 du 16 mai 2013, Djibouti. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.

Journée d’information organisée par le Comité de Soutien USN Belgique le 18 mai 2013

Journée d’information organisée par le Comité de Soutien USN Belgique le 18 mai 2013

Journée d’information organisée par le Comité de Soutien USN Belgique. 

Moment Fort: Intervention en téléconférence du président du MRD et porte parole de l’USN Monsieur Daher Ahmed Farah en tournée avec les leaders de l’USN à PK 12.

Madina Abdillahi militante de l’USN fraichement venue de Djibouti a après exposé de la situation actuelle proposée de renforcer la mobilisation de la diaspora pour participer à l’événement de la démocratie en cours dans le pays.

Le président de l’ACP Monsieur Dimitri Verdonk a appelé a une réflexion pour des actions originales pour mieux éveiller les esprits des pays Européens.

Maki Houmedgaba a expliqué le comment et le pourquoi de la création de l’USN et sa composition ainsi que ses moyens d’Actions après le Hold up électoral.

Un débat à bâtons rompu à suivi ces interventions. Débat fructueux qui a permis aux nombreux jeunes présents de mieux comprendre les enjeux en cours dans leur pays.
Mohamed Ahmed Bouraleh, pour le Comité de soutien de l’USN Belgique

Djibouti, les années de la guerre civile, Gadaboursis et Issas

Dr Ali Coubba nous livre un compte rendu fascinant de cette tragédie.

Dès 1949, les revendications ethniques et tribales

Le Conseil Représentatif destiné, d’après la métropole, à favoriser l’émancipation, l’africanisation des cadres et le développement économique du territoire, allait ouvrir la « boîte de Pandore » à Djibouti. Au lieu de faire dessiller les yeux, les nouvelles institutions politiques ont livré le pays à des pratiques politiques dangereuses. 60 ANS PLUS TARD, nous souffrons encore de ce mal.

Une lecture faussée de notre histoire

Si l’on en croit la presse française et les écrits hérités de l’époque coloniale, à l’origine de la première guerre civile survenue à Djibouti, il y a les Issas. Mécontents de la primauté prise par les Gadaboursis, en matière électorale, économique et démographique à Djibouti, ils auraient provoqué les heurts du 23 août 1949 à Djibouti-ville. Autrement dit, les Somalis se seraient massacrés pour des querelles absurdes.

Or la vérité est quelque peu différente.

En 1949, les Djiboutiens n’ont pas encore conscience de ce que signifie la « colonisation ». Ils ne se sont pas appropriés le territoire comme étant leur pays, ni le chef-lieu comme étant leur ville. « Djibouti-ville » est une ville française pour les autochtones (Afars et les Somali-Issa de la CFS). Cela est encore plus vrai pour les populations issues de la diaspora (Arabes, Issaq, Gadaboursi et Issa étrangers). Les deux communautés nationales, plus éveillées, sont alors des Arabes et des Somali-Gadaboursi. Leur statut de population immigrée n’est pas facile. Ils sont conscients d’être aussi « étrangers » aux yeux de la France qu’aux yeux des « autochtones »

Comment peut-on expliquer le clash de 1949 entre Issa et Gadaboursi ?

Pourquoi la guerre civile de 1949 ? Est-ce parce que les Issas n’avaient obtenu, pendant les premières élections du Conseil Représentatif, en mars 1946, qu’un siège sur trois, au sein du collège somali qui en comprenait 3 ?

Est-ce parce que, en décembre 1946, Djama Ali Zeyla’i, un Djiboutien d’origine gadaboursi, a été nommé représentant de la CFS au Conseil de la République ? Est-ce parce qu’en novembre 1947, Saïd Ali Coubèche avait été élu représentant du territoire à l’Assemblée de l’Union française à la place de Mohamed Doulé ? Est-ce la réélection de celui-ci en Conseil de la république en 1948, qui met le feu aux poudres ? Non.

La guerre civile issa-gadaboursi a été favorisée par les jeux politiques instaurés par l’administration française. Les autochtones étaient priés de ne pas se laisser en imposer par les Somalis allogènes. Un tel discours avait un poids psychologique très important auprès des Issas, lesquels estimaient que les autres Somalis profitaient de leurs faiblesses et retards économiques.

De plus il rencontrait un écho favorable dans les milieux autochtones les plus nationalistes. Le « Club de la jeunesse somalie et dankalie » était encouragé lorsque celui-ci stigmatisait les Somalis allogènes. Dans d’autres occasions, l’unité affichée par les Afars et Issas n’était pas de bon augure pour l’administration locale. Tôt ou tard, il fallait détruire ce club. Cela fut fait dès 1950.

La guerre civile de 1949 fut un prétexte pour la France de briser l’influence de la diaspora somalienne et arabe à Djibouti. Et on d’assurer la promotion des l’ « ethnie » issa. Il suffit d’en voir les conséquences : les victimes furent les Arabes et le Gadabouris. Les Issaq furent épargnés. Pour des raisons historiques, les Gadaboursis suscitaient auprès des Issas, plus d’animosité. Mais tout laisse à croire que les différends traditionnels n’ont pas pesé aussi lourd que les dissensions modernes alimentées par la France coloniale. Toujours est-il qu’il y a eu « une centaine de morts et trois cents blessés » d’après Ph. Oberlé. Ce fut tragique pour un pays de 60.000 habitants.

Les conséquences de cette guerre civile

Le grand gagnant de cette guerre civile fut la France et non la communauté issa. Bien sûr, à court terme, celle-ci a eu l’impression d’être sortie victorieuse de l’affrontement contre les Gadaboursis. Ainsi obtint-elle 4 représentants au Conseil représentatif.

La majorité revint aux Somalis ; majorité qu’ils perdront quelques années plus tard au profit des Afars ! La guerre civile, quant à elle, allait déchirée profondément la communauté somalie. Les morts étaient tous des Djiboutiens d’origine somalie.

Depuis 1949, la suspicion a creusé un immense fossé entre Issa et Gadaboursi.

Même l’indépendance de la République de Djibouti n’a pas pansé les plaies du côté des Gadaboursis. Et pour cause. Les présidents djiboutiens (Hassan gouled et IOG, d’origine issa) ont pris un malin plaisir à tourmenter cette communauté pacifique et travailleuse. Comme ils le font avec la communauté arabe.

Avec le recul, la lecture de cette période de notre histoire est claire pour nous. En affaiblissant les Gadaboursis et les Arabes en 1949, l’administration territoriale s’est attaquée à la fraction la plus évoluée de la société djiboutienne. Un coup très dur a été donné à notre pays.

 

Uguta (Toosa) – Mars 2006

 

Aux origines de la république de Djibouti

Qui est Djiboutien en 1946 ?

Il est intéressant d’observer les résultats de la première élection survenue à Djibouti en mars 1946. Au final, les dix membres de la section indigène comprenaient 4 Afars, 3 Arabes et 3 somalis. Il n’y a que six qui sont élus, les 4 autres étant tout simplement nommés. Dans son livre Ph. Oberlé introduit, intentionnellement, un clivage entre « Somalis allogènes » et « Issa ». Or, en 1945, les autochtones sont répartis en trois collèges : afar, arabe et somali. Pour la première fois de notre histoire, au nom du peuple djiboutien, il y a des hommes qui représentent théoriquement notre pays et nos intérêts. La nouveauté réside dans le fait qu’ils représentent tout le pays et toutes les communautés. Ils se nomment MM. Djama Ali « Zeyla’i », Mohamed Doualé, Saïd Ali Coubèche, Mohamed Kamil, etc. Ils ne comprennent peu de chose à la politique. Et ils vont se querellent sur des questions partisanes.

Les Djiboutiens de 1947 ?

Les Djiboutiens qui comptent en 1947 sont principalement des Européens. Les indigènes urbanisés ont droit de cité quand ils participent à l’activité économique de la CFS. La majorité écrasante d’autochtones (Afars et Somalis de Djibouti) forment des laissés-pour-compte. Ceux qui parlent français ou qui sont commis de l’Etat, les anciens combattants et les notables ont le droit de voter. La population d’Ali-Sabieh, de Dikhil, de Tadjoura, ne participe pas aux élections. Plus que jamais Djibouti-ville joue la vedette.

La métropole ne veut pas brusquer l’évolution du territoire en donnant trop de liberté et de droits aux autochtones. Mais les mentalités évoluent vite. Et si la population urbanisée s’avère ingrate, que fera-t-on ? Eh bien ! On fera appel aux agglomérations de l’intérieur et aux autochtones. En même temps, le gouverneur et l’administration locale se livrent à leurs jeux favoris. Ils encouragent les revendications qui sont susceptibles de compartimenter la société. Ils appuyent les doléances des tribus ou des clans. Plus les Djiboutiens manifestent leurs divisions, plus la marge des manœuvres de la métropole s’élargit.

La vieille recette fait encore les beaux jours de la dictature djiboutienne. Si aux alentours de 1946, le clivage était ethnique, il deviendra tribal à partir de 1949. Etre djiboutien à Djibouti, aujourd’hui, dépend de la bonne volonté d’Ismail Omar Guelleh. Les fondements et les symboles de l’Etat national vacillent sous nos yeux.

Ugua (Toosa) –Mars 2006

Aux origines de la république de Djibouti

 Dr Ali Coubba nous livre ici une brève histoire de Djibouti depuis les origines. L’historien raconte d’une manière objective et claire notre passé.

La CFS (1945– 1957)

La vie politique moderne débute à Djibouti en 1945, lorsque la CFS est dotée du Conseil représentatif. A partir de cette date, les Djiboutiens vont voter. Ils ont des représentants élus – des autochtones – qui administrent le territoire. Dans la pratique, le gouverneur conserve encore le pouvoir absolu. Quelles que soient les institutions dites « modernes » : une colonie reste une colonie.

Les représentants djiboutiens

En 1945, à la sortie de la Seconde guerre mondiale, deux vérités s’imposent. Premièrement, la France a perdu son rang sur le plan international. Elle compte si peu auprès des Etats-Unis et de l’URSS ! Deuxièmement, les Africains sont conscients de cette situation d’autant qu’ils ont – à l’image du Bataillon Somali – participé à la libération de la France.

Maintenant que les Français ont regagné leur liberté, il était légitime qu’on attendît d’eux qu’ils fassent tout pour assurer l’émancipation des colonies qui s’étaient battues si vaillamment à leurs côtés. Mais, les dirigeants français, à commencer par de Gaulle, n’entendaient pas de cette oreille. La décolonisation sonnait la fin de l’influence de la France, son affaiblissement certain sur l’échiquier international. C’est dans un tel climat que le Conseil Représentatif (CR) est voté à Djibouti, le 9 novembre 1945. Il se veut une sorte de compensation, un cadeau offert aux colonisés. Cela calmerait leurs impatiences pendant quelques temps. Puis, une « Loi d’autonomie », à peine plus progressiste que la première fera l’affaire.

Le Conseil Représentatif (1945-1957)

Le CR ne propose pas ni le progrès du statut du territoire ni celui des colonisés. Djibouti reste en 1945 une colonie à part entière. Le nouveau texte, il est vrai, semblait plus évolué que celui qui avait présidé à la destinée de notre pays avant 1945. Puisque avant, la CFS ne possédait pas d’institution politique. Avec le CR, le gouverneur continuait, sur la base d’un texte-ci, à faire la pluie et le beau temps dans le territoire. Dans ces conditions, parler de « l’apprentissage de la démocratie » au sujet du CR, comme le fait Philippe Oberlé, paraît trop exagéré.

Elu pour un mandat de 4 ans, le CR prévoit 12 élus (Délégués). Ces derniers ne jouissent pas d’immunité parlementaire. Le Conseil élu est divisé en deux sections différentes : une qui réunit les Européens et une autre les indigènes (Djiboutiens). En vertu du pacte colonial, la séparation était absolue entre colons et colonisés. Le corps électoral est constitué des Européens et une infime fraction de Djiboutiens qui participe à l’activité économique de la colonie.

Uguta (Toosa) – Mars 2006