Je reviens en classe!

«Wax barashaadu,
Waa inoo wanaagee (BIS),
Walaalayaaloow,
Wada ogaadaa»

Ninkaan wax baaran,
Waajibka saaran (BIS),
Wanaajin maayee,
Wada ogaadaay (1)

Pour ne pas vous noyer dans les détails, chers lecteurs, permettez-moi de commencer cet article par la fin. J’ai une déclaration solennelle à faire: je reviens en classe! Sérieux. Je reviens en classe! Où ça, en classe?

Euh… (recherche). Bip! Bib! Biiip… (écho). Bon. Voilà : je reviens en classe d’abord dans les colonnes de Djiboutii.net et par la suite, pourquoi pas, à Damerjog ou ailleurs au pays, comme bénévole, si cela s’avère faisable. Non, je ne suis pas piqué par une mouche noire (2) ces bébittes (3) des forêts de cette région du Canada, ni ai inhalé des champignons hallucinogènes. Ce n’est donc pas un délire. Allow!

Et pourquoi donc?

Pour commencer un bref historique. L’idée de créer Djiboutii.net m’a été donnée en 2009 par plusieurs compatriotes dont des amis et de parfaits inconnus interpellés par mes tous premiers articles mis en ligne dans mon blog personnel (adresse URL: http://kulanbaded.blogspot.ca/). Il est important de signaler que beaucoup de choses séparaient ces compatriotes :

  • origine ethnique et/ou appartenance clanique,
  • pays de résidence
  • bagages académiques,
  • profession,
  • âge,
  • sexe,
  • etc.

Malgré ces différences (importantes pour quiconque œuvrant dans le domaines des sciences humaines) une chose était claire. Ces djiboutiennes et djiboutiens partageaient un grand dénominateur commun: le fait d’être djiboutien! Chose rarissime pour être soulignée de nos jours (et encourageante) ces gens (femmes, hommes, jeunes) n’avaient pas relégué aux oubliettes ce grand dénominateur commun et se considéraient avant tout, djiboutiens.

Bien sûr, cela ne voulait pas dire que ces gens voyaient tout d’un même œil et il serait illusoire de croire  que de sacrées divergences (souvent tues) ne se manifestaient pas de temps en temps, au grand jour. C’est pourquoi, depuis le début, ces divergences et les contradictions qu’elles pouvaient générer apparaissaient avec plus ou moins d’acuité dans la ligne éditoriale de Djiboutii.net.

Heureusement, malgré des lectures différentes de notre histoire passée et des divergences des fois importantes quand à notre avenir en tant que peuple souverain, ces gens manifestaient et partageaient avec moi une conviction profonde: quelqu’un, quelque part devait tenter de faire quelque chose.

Djiboutii.net (lire Djibouti eye dot net) est donc né de cette idée (et dans ces conditions à priori difficiles) dans le but d’ajouter un organe de presse indépendant dans le paysage médiatique national dominé par les médias politiquement très partisans. Des médias rares et, trop pro quelqu’un donc, par voie de conséquence, trop contre tous les autres. Il suffit de lire les coupures de cette presse «nationale» politiquement extrêmement alignée pour constater cela. Que chaque personne-parti ait sa presse maison pour distiller sa propagande (souvent haineuse envers les autres personnes-partis) n’est pas étonnant, c’est même la règle en politique! Mais ce qui est étonnant et inacceptable, c’est qu’il n’y ait personne d’autre pour entrer dans le débat.

Depuis sa création, fort de cette conviction, Djiboutii.net a tenté, tant bien que mal, d’ajouter à l’espace médiatique djiboutien «une autre voix pour les sans-voix». Nous avons tenté d’apporter un peu plus de couleur dans ce grand désert médiatique et d’enrichir le débat avec… plus ou moins de fortune, il faut le reconnaître.

Depuis sa création, Djiboutii.net a connu des moments de gloire. Il a même pu publier quelques primeurs et exclusivités. Il a, entre autre, couvert de A à Z le passage au Canada de Mahdi Ibrahim God (vice-président de l’ARD) et de Cassim Ahmed Dini.

Depuis sa création, Djiboutii.net a aussi connu de nombreuses interruptions. Les multiples causes de ces interruptions sont grosso modo de deux natures :

a) Sabotage par «l’establishment politique ».
Nous dérangions non seulement le pouvoir à Beit-el-Wali/Haramousse mais également la majorité de formations  »politique » de l’opposition dont les inamovibles leaders ne représentent en fait souvent qu’eux-mêmes et quelques proches. Flooding, spoofing, spamming, (4) arrestation de nos pigistes bénévoles, chantage etc. Nous en avions vu de toutes les couleurs.

b) Instabilité de la rédaction.
À maintes reprises, j’ai confié les clés de la rédaction à des bonnes volontés qui promettaient mais qui, dans les faits, n’ont pas fait long feu. Certains ont cédé au chantage, d’autres ont décidé de choisir entre des responsabilités professionnelles et familiales qui demandent de plus plus de temps et le bénévolat dans Djiboutii.net. C’est la vie et cela doit se comprendre, bien sûr. Djiboutii.net a aussi connu le passage opportuniste de certains individus qui ne voulaient que faire voir certains dossiers avant de retourner chacun à sa tanière. Nous avons aussi connu le passage de ceux qui ont été mandatés de nous saboter de l’intérieur. Nous en avons vu de toutes les couleurs, vous disais-je!

Résultat, à maintes reprises Djiboutii.net est resté silencieux pendant des semaines voire des mois. Aujourd’hui, encore une fois, la rédaction de Djiboutii.net est tristement déserte. Ça ne peut plus durer. Il faut faire quelque chose.  Maintenant.

Je reviens en classeEn ma qualité de fondateur de cet organe de presse et, après avoir mûrement réfléchi, j’ai décidé de changer définitivement, l’orientation de Djiboutii.net. Désormais plus de politique politicienne! La politique, ça divise. Ce travail sera laissé à ceux, celles qui sont légion et qui en font leur métier, même s’ils se battent, pour la plupart, pour une place autour de la grande mangeoire. Bonne chance Djibouti chérie. Jabuutaay Ilaahay ha kula jiro (5). Tu mérites beaucoup mieux que ceux qui se battent seulement pour une place de casho (6).

C’est décidé. Djiboutii.net sera désormais un portail internet au service de l’Éducation, la vulgarisation et le partage des connaissances et du savoir. Toutefois, pour des raisons pratiques, il sera encore silencieux quelques mois, le temps de réunir une petite équipe de passionnés pour mener à bien le projet.

C’est décidé. Je reviens à mes premiers amours d’enseignant (ce missionnaire contre l’ignorance). C’est décidé. Djiboutii.net et mon blog seront mis désormais au service de cette noble cause universelle. Je reviens à cet amour que j’ai contracté en tenue courte (de couleur vert-olive) et un petit cartable d’écolier sous le bras, quand je foulais pour la première fois la cour de l’École primaire du Stade, le 1er octobre 1967.

Cet amour et le rêve de marcher un jour sur les pas des «maîtres» qui officiaient en ce lieu magique et mythique dans mon imaginaire et dans l’imaginaire de bien d’autres petits garçons et petites filles des quartiers «autochtones» de ma génération, m’a toujours habité et m’habite toujours. Enfant, j’ai fait le vœux de sortir ma personne et mon entourage du ghetto des «quartiers». Le travail scolaire était la seule issue dans ce rêve et tout de suite, j’en avais fait mon seul allié. J’ai même obtenu quelques trophées comme celui d’être classé «premier du TFAI (7)» au concours d’entrée en sixième, session de mai 1973. Battre tous les petits «métro» (français métropolitains) dont certains fils des plus hauts dignitaires de la colonie et les fils de la nomenclatura autochtone de l’époque (qui se reconnaîtront)? Un véritable exploit pour un petit anonyme de Burca-Kibir (8)!

En 1977, à la fin de l’adolescence, j’ai donc fait vœux de vivre au milieu des miens. J’ai fait le vœux d’être soldat contre l’analphabétisme, l’obscurantisme, l’isolation et l’exclusion qui isolaient les masses. Mon rêve pouvait enfin se réaliser. Que demander de plus que de commencer d’officier comme Maître dans ce lieu magique qu’était l’école, tout étant un soutien économique nécessaire à ses parents? Que demander de plus que de donner une plus grande chance à ses plus jeunes frères et sœurs et toute la jeunesse du pays? Ni une, ni deux, je me suis embarqué en commençant « centimaître » (élève-instituteur).

Après deux années de «Cours Normal», j’ai débarqué en septembre 1979 à Damerjog avec le titre d’instituteur principal stagiaire et le grand sentiment de vivre enfin dans la peau du missionnaire. Les premiers jours de travail (et de vie) m’ont fourni la confirmation: là-bas, plus qu’en la ville pourtant toute proche,  l’enseignant pouvait vraiment faire la différence. Ces petits visages qui arrivaient chaque jour, disciplinés et reconnaissants, devant mes collègues et moi et qui nous confiaient leur destinée? Difficile d’être insensible. Et aujourd’hui, les  rencontrer adultes, 30 ans plus tard? Rien de plus gratifiant!

Cela dit, en m’embarquant dans l’activisme politique de ces dernières années (je n’ai jamais voulu ni tenté d’être politicien) je croyais juste prendre un raccourci pour continuer ma mission plus rapidement et plus efficacement). Je voulais juste influencer, le plus positivement possible, les coureurs politiques. Hélas.

Quels choix nous sont offerts? USN ou UMP ou encore les deux ensembles? Pour moi, comme pour bien d’autres djiboutiens, cela ne mérite pas un débat et ça sent le «baasta duuga / duuga baasta» (9). Je suis donc personnellement «tanné» (10) de la politique. Ce n’est plus pour moi.

Dans mon dernier article l’Alpha et l’Omerta, je pointais du doigt toute la classe politique djiboutienne et, l’histoire qui s’écrit devant nous me donne encore raison. Regardez «les négociations» entre le pouvoir et l’opposition. Regardez le match Dawaleh / Guédi. La table du cynisme est mise et l’opportunisme dépasse le seuil du paroxysme. Accuser Ismaël Omar Guelleh de tous les maux quand on n’attend que la première occasion pour doubler tout le monde et mêmes ses alliés (exemple : ces pauvres oulémas et intellos du MODEL utilisés pour surchauffer les foules (dans le but de pouvoir faire monter les enchères)) puis tenter de se négocier une petite place dans la cour du même Guelleh? Fort. Très fort. Plus cynique, tu meurs.

En bref, côté pouvoir comme côté «opposition», voilà tout ce que l’on nous sert après tant d’années de combat pour l’avènement d’une véritable démocratie. Car seule une véritable démocratie (un homme une voix (pour une personne et non une liste)) peut être garante du salut de notre pays et de toutes les composantes de sa population. Seule une véritable démocratie peut nous garantir le progrès social, la prospérité économique et le vivre-ensemble auxquels nous aspirons et que, nous méritons. Jabuutaay Ilaahay ha kula jiro. Bonne chance Djibouti!

Chers compatriotes, par la présente je ne renonce nullement à mon activisme social originel. Bien au contraire! Hélas, l’énergie et donc le pouvoir d’une personne humaine sont limités. Il faut faire des choix déchirants quand on ne peut répondre à tous les besoins. Je trouve qu’il y a assez de politiciens et d’aspirants pour la politique. J’ai donc décidé de réorienter mon combat (ou disons plutôt mon militantisme citoyen). J’ai décidé de revenir à mes premiers amours : l’école, la classe… un terrain laissé tristement désert. J’ai décidé de revenir en classe, là où je serai le plus utile pour les générations non seulement présentes et mais aussi, et surtout, futures!

Et, thanks God, cela est possible. Même si je suis loin du pays, heureusement, les nouvelles technologies peuvent nous affranchir des barrières de la distance et du temps. Dans ce projet, le pixel sera la craie et l’écran, le tableau.

Ma décision est donc prise: adieu politique et partisanerie, bons retrouvailles merveilleux du monde de l’Éducation. Bien sûr, ce nouveau projet a aussi besoin de têtes et de bras. C’est pourquoi toute personne désireuse de contribuer d’une quelconque façon est, et restera toujours, la bienvenue. Enseignants (ohé les anciens!), artistes, écrivains, sociologues, médecins, juristes… Vous êtes les bienvenus.

Pendant la durée du montage de ce projet, la rédaction de Djiboutii.net restera officiellement suspendue jusqu’à nouvel ordre mais mon blog sera toujours actif pour préparer le terrain à ce projet de retour en classe.

Un dernier point réconfortant à souligner. Même s’ils restent cachés dans le brouhaha des grands-parleurs-petits-faiseurs, il existe encore des djiboutiens qui livrent un travail acharné sur différents terrains et qui sont capables d’impressionner et d’inspirer. J’en ai rencontré plusieurs à Ottawa/Gatineau et dans le net (je ne les nommerai pas tout de suite). Parmi eux, un ancien collègue qui œuvre sans limite pour la sensibilisation à la préservation et à la protection de notre environnement naturel exceptionnel fragilisé par différents facteurs. Je ferais un dossier un dossier sur le bénévolat et l’engagement communautaire dans mon blog personnel ou dans la future école où j’entend officier de nouveau : Djiboutii.net.

Et le mot de la fin? Mon prochain article sera la publication des extraits d’une longue lettre que j’ai envoyé à qui de droit quand j’étais chef de la Cellule informatique de l’éducation nationale car le présent, c’est déjà passé.

À bientôt.

HASSAN A. ADEN
Hassan.aden@ncf.ca

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**** NOTES
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(1) Un hymne djiboutien pour l’Éducation. La troupe Carrey ou Gacan-Macan? J’ai oublié qui a chanté ce chant qui enhardissait les jeunes et les moins à fréquenter en masse l’école.

(2) Jabuutaay Ilaahay ha kula jiro (en langue somalie) est la première prière qui m’est passée dans la tête quand je créais l’en-tête du site Djiboutii.net et veut dire en gros : Djibouti, que Allah te vienne en aide.

(3) Bébittes désigne un insecte quelconque au Québec
source : http://fr.wiktionary.org/wiki/bibitte

(4) Prière de vous reporter à l’explication au sens de chacun de ces néologismes en  anglais en cliquant dessus.

(5) Casho littéralement dîner était le seul vrai repas servi dans le temps chez les nomades dont sont issus la grandes majorité des djiboutiens est de nos jours utilisé pour illustrer tous les biens bien acquis (souvent mal) grâce au pouvoir.

(6) TFAI (ou Territoire Français des Afars et des Issas): nom de pays entre 1967 et 1977. Voici plus d’infos à ce sujet : http://fr.wikipedia.org/wiki/TFAI

(7) Burca-Kibir (Bura-kibir) Nom populaire donné au Quartier 7. Les premières constructions de ce quartier ont été érigées à la fin des années 50 sur les dunes (burco, en langue somalie) qui formaient la limite sud de la ville de Djibouti à l’époque. Le mot kibir (orgueil, en langue somalie) fait sans doute référence aux petits fonctionnaires et soldats de la colonie qui formaient les premiers propriétaires de premières constructions en planches de bois finies de toile de jute blanchie à la chaux le tout sous une toiture de tôle ondulée scintillante les premières semaines. Ces constructions «modernes» «regardaient d’en haut» (contrastaient avec) les huttes construites en branchages et autres matériaux de récupération par le plus pauvres.

(8) Être tanné: Outre ses significations d’usage, cet adjectif qualifie au Québec un état d’exaspération limite : en avoir marre (ex : être tanné c’est être exaspéré au possible).
Source : http://www.dictionnaire-quebecois.com/definitions-t.html

(9) «Baasta duuga / duuga baasta» littéralement spaghetti + sauce / sauce + spaghetti est un satire emprunté à Salem Zeid. Même les vidéos de son humour caustique circulent en grand nombre sur Youtube, bien peu de choses ont été écrites sur ce grand artiste djiboutien. Puisse Allah le loger à Janat-al-Firdaus. J’ai retrouvé ce message publié à sa mort dans les colonnes de La Nation (voix du gouvernement de Djibuti):

Djibouti – 30/07/2009 -
Le comédien Salem Zeid dit Hanjo bouf est décédé ce jeudi à l’hôpital Peltier, à l’âge de 61 ans, des suites d’une longue maladie.

Humoriste, parolier et interprète, Salem Zeid était l’une des figures marquantes de la vie culturelle djiboutienne.

Le regretté défunt, qui avait commencé très tôt sa carrière d’artiste, n’a cessé de s’illustrer dans ses nombreux rôles au théâtre national, toutes langues confondues.

Apprécié pour ses calembours et ses blagues parfois satiriques, Salem Zeid était un artiste hors-pair dont la disparition constitue une perte immense et irréparable pour le milieu culturel du pays. Il laisse derrière lui une épouse, huit enfants et de nombreux petits-enfants.

Aussitôt après l’annonce de sa mort, le ministre de la communication et de la culture, chargé des postes et des télécommunications, M. Ali Abdi Farah, a présenté ses condoléances les plus attristées à la famille de l’illustre disparu.

Source ADI

De plus, voici une vidéo mettant en vedette Salem Zeid et d’autres stars dont Gafaneh (AHUN)…

(10) La mouche noire est un insecte à la piqure très désagreable qui risque de désorienter certaines proies comme les chevreuils. Le lien suivant donne plus d’infos : http://sciencepourlepublic.ca/fr/feature/past-features.aspx?id=32

NEGOCIATEURS OU NEGOCIANTS?

cassim a dini1ère partie:
le naufrageur (de l’ARD) peut-il être le sauveteur (du pays)?

admol toome kabella ansarradal ma taysa (Sandale mal tannée ne s’améliore pas en glissant)

Quand une négociation s’engage, il y a tout d’abord le choix des négociateurs, puis ce qui peut être négocié. Ici, le régime délègue qui il veut et l’autre partie n’a aucun droit de regard. De plus, le régime est même en mesure de choisir les interlocuteurs qu’il veut: c’est déjà fait avec l’emprisonnement de ceux qu’il craint vraiment et l’acceptation que leur libération ne soit pas une condition préalable au dialogue. Tout est dans ce rapport de force. Donc, l’UMP va uniquement discuter avec ceux qu’elle estime remplir les conditions de «sa» légalité, même pas les dix députés auxquels elle reconnait une place au soleil. Comme ce n’est pas avec eux qu’il y a contentieux, les négociations auront lieu avec les trois partis légalisés au nom desquels le dépôt de candidature de la liste USN a eu lieu : ARD, PDD et UDJ. Selon son humeur, le chef de l’Etat, en définitive chef suprême de tous les partis politiques, peut accepter ou pas la présence du CDU. Dans toutes les configurations, c’est l’ARD qui jouera la locomotive : voyons donc ce que cette machine a dans le ventre. «La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas»: cette aphorisme de Paul Valéry vaut aussi pour la politique djiboutienne. Afin de mieux saisir ce qui peut sérieusement être attendu de ce dialogue, il serait peut-être temps d’évoquer quelques petits secrets qu’UMP et USN connaissent ensemble et cachent ensemble.

Au début de la campagne électorale, le président du MoDel avait avancé une proposition, évidente mais révolutionnaire : un brassage ethnique des délégués de l’opposition dans chaque bureau de vote ; chaque formation étant invitée à présenter son quota. A l’heure des derniers préparatifs, il s’est trouvé que l’ARD n’avait aucun délégué à présenter dans la circonscription électorale de Djibouti-ville. C’est ainsi que, par exemple, pratiquement aucun cadre ou militant ARD n’était présent dans les bureaux de vote d’Arhiba: «l’USN ne vous fait pas confiance», aurait-on même dit à certains. En fait, l’ARD ne pouvait proposer de délégué pour une raison simple : la Direction n’a consulté personne avant de s’engager dans ces élections et a même refusé de se présenter à quatre réunions spécialement organisées pour lui demander des explications. Imaginez alors l’humiliation ressentie par ses militants empêchés de participer au contrôle des bureaux de vote de leur propre quartier!

Par contre, l’ARD avait le monopole du choix des délégués pour les districts d’Obock et de Tadjourah mais, là encore, catastrophe. Ainsi, le jour J, aucun délégué dans les bureaux de vote de la ville d’Obock n’avait le document officiel l’autorisant à surveiller le déroulement du scrutin : ils furent tout simplement refoulés ! UMP et USN cachent bien ce premier secret : il ne peut y avoir aucun contentieux électoral sérieux à Obock puisque l’USN s’y est sabotée elle-même ; les délégués de l’opposition n’ayant aucun document officiel attestant de leur qualité. Et ne parlons même pas des bureaux de vote à l’intérieur des districts : aucun délégué n’y fut même envoyé ; et ce n’était pas un problème de logistique puisque de l’argent, il y en avait. Incompétence de représentants de l’ARD au sein de l’USN (président et vice-président)? Comme pour le régime, il ne serait pas étonnant que l’incompétence ne soit nullement sanctionnée, mais il s’agit véritablement de sabotage et de trahison. Ainsi, pour Tadjourah, il a pratiquement fallu une dispute sanglante pour que le vice-président de l’ARD accepte de remettre (au dernier moment) les documents officiels aux délégués de l’opposition dans ce district où le désastre n’a pu être évité que grâce à l’action décisive de M. Youssouf Ambassa et de son équipe. Donc, comme si les habitants de ces districts n’étaient que des citoyens de seconde catégorie, il n’a pas été jugé utile au sein de l’USN de dénoncer cette trahison et de remettre en cause la crédibilité de ses Afars de service.

Après le hold-up prévisible et la répression sauvage contre les premières manifestations, l’USN a tenu une réunion stratégique au cours de laquelle constat a été établi que la communauté afare et spécialement Arhiba, ne participaient pas au soulèvement. Les leaders afars (toutes formations confondues) de l’USN ont donc été invités à se rendre à Arhiba début mars pour mobiliser cette communauté, même pas pour comprendre les raisons de ses réticences. Le catéchisme révolutionnaire censé ramener l’éternelle victime dans le droit chemin fut prononcé dans une annexe de l’ARD pleine à craquer : « Vous les Afars, hier vous êtes restés à l’écart de l’Indépendance ; aujourd’hui vous êtes à l’écart de la Démocratie. Ne ratez pas l’Histoire par votre ignorance! Rejoignez la contestation avec l’USN ». Calmement, les orateurs désignés par les militants venus de toutes les annexes du pays leur répondirent ceci :

  1. «Les Afars ne sont pas restés à l’écart de l’Indépendance, mais ils n’ont pas pu en profiter (à cause de l’antisomalisme de l’UNI d’Ahmed Youssouf et du MPL d’Abbatté et d’Adan Batan)  ;
  2. Nous, militants de l’ARD, n’avons pas été consultés à propos de ces élections: candidats suppléants ont été choisis sur des bases claniques ou familiales ; c’est aujourd’hui seulement que l’USN daigne réellement prendre contact avec nous et nous témoigner du respect, que nous avons vainement attendu de nos dirigeants ;
  3. Nous, militants de l’ARD, estimons donc ne pas avoir de dirigeants dignes de ce nom et demandons la tenue d’urgence d’un Congrès pour choisir une nouvelle Direction. Le président de l’ARD que voici et son vice-président que voilà sont des irresponsables qui ont divisé le Parti par leurs mensonges et leur zizanie ». Il est vrai que les charges étaient particulièrement lourdes contre le vice-président de l’ARD, auquel est même reproché, preuves à l’appui, un juteux trafic de cartes de militant, vendues 10.000 Fd pièce à des candidats à l’exil, étrangers au parti!

Donc, deuxième secret jalousement gardé par l’UMP (puisque de toute évidence l’ARD est un parti infiltré au plus haut niveau) et l’USN : les dirigeants de l’ARD au sein de l’USN sont illégitimes et illégaux dans leur propre parti ; ils ne représentent qu’eux-mêmes, incapables de mobiliser à cause de leurs malversations.

De tout ce qui précède, deux constats s’imposent :

  1. Les responsables de l’ARD, qui vont négocier avec le régime, ont trahi leurs propres militants, affaibli le parti en divisant ses membres sur des bases claniques (prochaine grande maladie qui risque d’emporter ce parti immunodéficient) ou de proximité amicale ;
  2. Des négociateurs qui représentent si peu au sein de leur communauté, dotés de si peu de ressources politiques, ne peuvent être véritablement pris au sérieux par le régime. Lequel, trop heureux de trouver en face de lui des adeptes des coquilles vides, semble se dire « il faut sauver le soldat dankali … » ;

D’où la seule question qui vaille: celui qui a été le naufrageur de son propre parti peut-il être le sauveur de toute la Nation à travers des négociations avec ce régime? Autrement dit, ceux qui ont détruit l’ARD et sa crédibilité pour quelques sièges de députés peuvent-ils négocier sur les grands principes de moralité et les idéaux républicains qui ont donné ce souffle à l’USN?

A chacun de juger! Deuxième partie : les négociateurs côté régime, qui oscillent entre l’autisme et le hooliganisme.

Cassim A. Dini

Egypte : l’inadmissible violence de l’armée

Egypte : l’inadmissible violence de l’armée

 

 

Un convoi militaire égyptien, près de la place Tahrir, pendant les affrontements entre opposants et partisans du président déchu, Mohamed Morsi, au Caire, le 5 juillet.

 

Si l’armée égyptienne avait voulu prouver qu’elle est incapable de ramener un peu de paix civile dans le pays, elle ne s’y serait pas prise autrement. Si elle avait souhaité montrer qu’elle n’est pas l’acteur neutre et impavide qu’elle prétend être en ces heures dramatiques pour l’Egypte, elle se serait comportée exactement comme elle l’a fait lundi matin 8 juillet, au Caire.

Loin d’aider le plus grand des pays arabes à retrouver un peu sérénité, au lendemain du coup d’Etat de la semaine dernière, elle a contribué à le plonger un peu plus dans le chaos et la violence.

L’armée a tiré sur des centaines de sympathisants des Frères musulmans devant le club des officiers de la garde républicaine. Ils s’y étaient donné rendez-vouspour la prière du matin et afin de réclamer la libération de Mohamed Morsi, l’un des leurs, chassé du pouvoir par l’armée le 3 juillet, et qu’ils pensaient être détenu en ce lieu.

Y a-t-il eu provocation ? L’armée a-t-elle réagi à quelques tirs isolés ? Certains manifestants ont-ils tenté de prendre d’assaut le camp de la garde ? Les faits sont encore discutés, mais non le nombre de manifestants tombés sous les balles des soldats – au moins 51 –, ni celui des blessés – plusieurs centaines.

La majorité des récits collectés par la presse internationale fait état de tirs délibérés de l’armée sur des manifestants très largement pacifiques. Certains ont été tués ou blessés dans le dos, à plusieurs centaines de mètres de l’entrée du camp de la garde républicaine, comme s’ils avaient été poursuivis par les soldats.

Que l’armée ait cédé à une provocation ou ait perpétré un massacre de sang froid, le résultat est le même : une tragédie humaine et un désastre politique. Pire qu’un crime : une erreur, diraient les tenants de la realpolitik.

Déjà ulcérés que M. Morsi ait été chassé du pouvoir, un an après avoir été démocratiquement élu, les Frères se voient confortés dans leur complexe de « martyrs ». Ils peuvent être à nouveau tentés par la clandestinité, certains d’entre eux appelant déjà au « soulèvement », bref à une radicalisation.

Avant même les morts de lundi, l’armée a entrepris d’emprisonner les dirigeants des Frères. Elle laisse les foules mettre leurs locaux à sac. Elle impose la fermeture de leurs chaînes de télévision.

Certes, M. Morsi est d’abord tombé du fait de l’impopularité de la politique qu’il menait, de son incapacité à gouverner dans l’intérêt général, de sa passivité devant les appels à la violence sectaire lancés dans son propre camp. M. Morsi a échoué parce qu’il a gouverné pour les Frères, quand il aurait dû rassembler. Or c’est précisément ce dont l’Egypte a besoin.

L’armée a promis d’organiser au plus vite des élections législatives. Dans cette période intérimaire, elle doit rassembler, non exclure ; tendre la main aux Frères, pas les rejeter. Par son action de lundi, elle a fait éclater la coalition de libéraux et d’islamistes anti-Morsi. Elle a rendu plus difficile encore la constitution d’un gouvernement de transition. Elle devrait avoir à coeur d’apaiser. Elle donne l’impression de vouloir se venger.

Egypte : « Ils tiraient, ils avançaient, ils tiraient, ils avançaient: ».

Egypte : « Ils tiraient, ils avançaient, ils tiraient, ils avançaient: ».

Au moins 50 militants pro-Morsi ont été tués, lundi, dans une attaque de l'armée. Des témoignages évoquent un carnage délibéré, destiné à faire reculer les islamistes.

 

Le Caire (Egypte), envoyé spécial. L’ambulancier fume une cigarette, adossé à la cahute d’un vendeur de boissons fraîches, à la sortie de l’hôpital de Madinat Nasr, un quartier de l’est du Caire. « L’armée et la police ont tiré sur le peuple sans raison, c’est aussi simple que ça », raconte-t-il sous couvert d’anonymat, à propos de l’attaque par les forces de sécurité égyptiennes, lundi 8 juillet, d’un sit-in islamiste, au cours de laquelle un soldat et une cinquantaine de manifestants ont été tués, selon un bilan encore provisoire.

« Même les blessés se faisaient matraquer. Le moindre manifestant qui osait dire‘Morsi est mon président’, prenait une raclée. » Il jette son mégot, et avant derejoindre son ambulance, lâche, le visage décomposé : « Je vis dans ce pays et j’ai peur pour lui. » Au deuxième étage de l’hôpital, Abdel Hafez Saber, un ingénieur agronome de 38 ans, est allongé dans un lit poissé de sang. Il a été touché par balle en trois endroits – les deux cuisses et le bras – avant d’être frappé à la tête, désormais enveloppé d’un gros bandage.

Lire les dernières informations : « L’armée présente ses ‘condoléances’, mais ne tolérera aucune ‘menace' »

Comme des milliers d’autres militants et sympathisants des Frères musulmans, il manifestait devant le club des officiers de la garde républicaine, un bâtiment deMadinat Nasr, où la rumeur veut que Mohamed Morsile président islamiste déposé mercredi par l’armée, soit séquestré. Vendredi, un premier accrochage avec le cordon de soldats déployés devant le club avait fait trois morts dans les rangs des pro-Morsi. Mais la foule, bien décidée à maintenir la pression sur l’armée, n’avait pas reculé d’un mètre.

Lundi, selon Abdel Hafez Saber, qui est originaire d’Alexandrie, les militaires sont revenus à la charge avec la ferme intention de « nettoyer » le site. Vers 3 h 45 du matin, alors que les manifestants étaient occupés à prier, les forces de sécurité ont attaqué depuis « trois directions à la fois », explique-t-il.

« DES GRENADES LACRYMOGÈNES, PUIS DE LA GRENAILLE ET DES TIRS À BALLE RÉELLE »

« Il y a d’abord eu des tirs de grenades lacrymogènes que nous leur avons renvoyées. Puis de la grenaille et des tirs à balle réelle ». Ali Hassan, son voisin de chambre, blessé par balle dans le haut de la cuisse, décrit une opération soigneusement planifiée, qui a pris par suprise les manifestants. « On était en train de prier, les enfants dormaient, il n’y avait aucune provocation de notre part,affirme-t-il, à rebours de la version de l’armée qui soutient que des « terrorsites armés » ont tenté de pénétrer de force dans le club de la garde républicaine.

« Et puis ils se sont mis à attaquer, poursuit Ali Hassan. Ils tiraient, ils avançaient, ils tiraient, ils avançaient. » Selon le chef des urgences de l’hôpital, Seifeddin Abdel Shakour, la localisation des impacts de balles, relevés sur les cadavres, ne trahit aucune consigne de tir spécifique. « On a trouvé des impacts sur toutes les parties du corps, pas seulement dans la tête ou le thorax, dit-il. Cela montre qu’il n’y avait pas d’intention de ‘tirer pour tuer’. Mais cela témoigne aussi du fait qu’aucun effort n’a été fait pour épargner des vies humaines ».

Signe de l’extrême brutalité de l’attaque, un chauffeur d’ambulance a été tué et un brancardier blessé, selon Ahmed Al-Morsi, superviseur à l’organisation égyptienne des ambulanciers. Un imam de l’université Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, figure aussi parmi les blessés. Coiffé du traditionnel turban rouge et blanc, il est couché sur un brancard, à l’entrée des urgences, la jambe bandée du pied au genou.

« Nous formions une chaîne humaine au premier rang, entre les militaires et les manifestants, pour éviter tout dérapage, raconte ce religieux de 31 ans nomméHatem Farid Mahdi. On coopérait avec les soldats de la garde républicaine, on leur donnait de l’eau. Et puis sans la moindre sommation, ils se sont mis à attaquer. »Circulant de chambre en chambre pour relever le nom des blessés, Hassan Shedid, un avocat dépêché par les Frères musulmans, parle de « massacre perpétré contre des manifestants pacifiques ».

UNE COMMISSION D’ENQUÊTE « EN COURS DE FORMATION »

Vêtu d’un costume vert olive bon marché, ce petit homme assure qu’une commission d’enquête est en cours de formation et que ses conclusions seront transmises au procureur général du Caire. Le président par intérim, Adli Mansour, tout en exprimant sa peine pour les victimes, a appuyé la version de l’armée. Il a évoqué « une tentative d’invasion du QG de la garde républicaine » et exhorté les pro-Morsi à se tenir à l’écart des installations militaires.

A la sortie de l’hôpital, une doctoresse interpelle les journalistes étrangers. « Et vos collègues égyptiens, où sont-ils ? », demande-t-elle, en référence à l’absence manifeste de reporteurs locaux, dans les couloirs de l’hôpital. « Est-ce que cela n’en dit pas long sur ce qui se passe dans ce pays ? Est-ce que c’est ça, la fameuse ‘relance de la révolution’ dont les manifestants de Tahrir ne cessent de parler » ?

Lundi matin, la principale chaîne de l’audiovisuel public égyptien ne parlait pas des morts dans les rangs de manifestants islamistes. Elle se contentait d’évoquer le sort de l’officier tué par balle dans les événements de la nuit et de passer en boucle des images, impossibles à authentifier, attestant d’actes de violence de la part des islamistes. On y voyait notamment des officiers de police, extirper des couteaux et quelques balles, de l’intérieur de sacs qui aurait été abandonnés sur le site de la confrontation.

La télévision égyptienne montrait aussi des images d’adolescents en train delancer divers objets, notamment des cuvettes de toilettes, depuis le toit d’un immeuble, sur ce que l’on imagine être les forces de sécurité déployées en-dessous. « Regardez-moi ces terroristes, il faut les flinguer, s’emportait Ashraf Al-Khadem, le propriétaire d’une agence de voyage, qui regardait ces images, dans le lobby d’un hôtel. Quand on se fait agressertirer n’est pas un luxe, c’est un droit. »

Pour l’armée, l’objectif est rempli. Les alentours du club de la garde républicaine ont été dégagés. Un cordon de blindés supplémentaires s’est déployé. Repliés quelques centaines de mètres plus loin, derrière un mur de briques construit à la va-vite, les pro-Morsi se préparent au prochain assaut.

Benjamin Barthe

Le Monde.

Un article de Cassim Ahmed Dini

cassim a diniCALIFE RECRUTE VIZIR (fin)
Afar-Issa: «Je t’aime, moi non plus»

La critique, même constructive, n’est pas la bienvenue ces temps-ci, même dans l’opposition, preuve que s’y installe la stérilité intolérante et intolérable de la pensée unique. Argument imparable asséné par ses coursiers: «et vous, que faites-vous, que proposez-vous?». Dédouanons-nous donc au préalable, comme les ablutions précédant la prière. Un jour début mars, un vieux sage (tous les vieux ne sont pas sages) a eu la mauvaise idée de me suggérer de travailler avec l’USN, ce que j’avais accepté. Lorsqu’il présenta cette proposition en réunion de l’USN, «hors de question, surtout pas lui!» rugirent les ‘dirigeants’ ARD, l’un d’eux se vantant même plus tard de ce sabotage, entre deux bouffées de chicha. Les autres généraux présents optèrent pour un silence complice, trouvant peut-être leur compte dans ce règlement de comptes: qui refuserait les services d’un Afar de service?

Ce qui montre deux choses et conduit à une résolution. Déjà sans discipline ni solidarité, il est désormais prouvé que ce parti a également renié son idéal fondateur (Hadaf) et rompu le contrat de confiance, au moins pour avoir trahi le devoir de vérité et le respect des militants. En second lieu, j’ai au moins la conscience tranquille d’avoir essayé, malgré tout, d’apporter ma modeste contribution à l’USN. Préférer prendre le risque de perdre (en refusant les bonnes volontés, nombreuses, comme Houssein Andoleh au Canada ou d’autres à Djibouti) plutôt que de mettre toutes les chances de son côté, trahit des agendas de moins en moins cachés: cette coalition est avant tout un vivier de candidats à la future présidentielle, pas moins de sept, en excluant l’ARD condamnée à se contenter du second rôle de supplétifs. D’où la résolution: je prie mes amis réunis au sein du CODED de bien vouloir me considérer des leurs et les invite à une large concertation. Il y a urgence : il faut sauver l’esprit de l’USN en dépit du corps de l’USN. C’est pourquoi il nous faut nous organiser de façon indépendante pour proposer et agir, d’abord à l’extérieur ensuite à l’intérieur.

Après avoir remercié le Très-Haut pour sa miséricorde, pardonnons ces errements et cherchons à les comprendre : au-delà des dimensions strictement personnelles, quelle est la part d’héritage collectif qui détermine aujourd’hui la vie politique djiboutienne et explique ces comportements, indignes par définition et plus encore dans le contexte actuel?

On aurait pu partir des 23.000km2 qui définissent notre espace commun, ses origines et surtout ses transformations avec les portions généreusement données à l’empire abyssin, réduisant d’autant le nombre des bureaux de vote.

On aurait pu partir de la population que nous formons et évoquer les centaines d’autochtones tués par la puissance coloniale et les dizaines de milliers expulsés de la Capitale et du Sud-Ouest: leurs descendances sont autant de citoyens et d’électeurs en moins.

On aurait pu évoquer les différents districts et aborder les raisons pour lesquelles ils ont été créés et établir la dépossession de l’autochtone dans la transformation de Hayyu en Obock: le district, c’est aussi une circonscription électorale.

On aurait enfin pu survoler la Capitale et assister aux différentes vagues de son peuplement, selon une logique d’immigration qui se retrouve dans l’homogénéité communautaire, excepté le quartier 4: cela aurait permis d’établir une ethnographie, une cartographie ethnique ou tribale des bureaux de vote et même de comprendre pourquoi aujourd’hui tel ou tel quartier refuse de «bouger».

Et surtout saisir la lutte pour la maitrise de ce bien sans maitre qu’était la rade de Djibouti: à côté du boutre qui arrive «Ja Bouti» ou de la chute de l’ogresse «Jab Boutti», le toponyme viendrait pour certains de GABOD, désignant les plateaux madréporiques du Héron, du Serpent et du Marabout. Sans oublier Haramous, secteur tristement célèbre de nos jours. Vaste écriture de notre patrimoine dont il appartiendra aux historiens de dresser l’inventaire en toute rigueur.

Résumons : la dénomination CFS (Côte Française des Somalis) n’a pas laissé un grand traumatisme dans les esprits. Juste quelques grincheux relèvent que, selon le dictionnaire, le mot «ouabaïne» est d’origine somalie: et alors? Non seulement c’est vrai mais il se trouve qu’à l’époque ni la langue afar ni ses locuteurs n’existaient officiellement pour parler de l’arbre «wayboyta» ou du «waybu» dans son usage pharmacologique.

Par contre, la structuration de notre univers politique ainsi que la hiérarchisation correspondante de la citoyenneté découlent directement des bouleversements survenus en 1967: à cette date, la colonie est devenue le TFAI (Territoire Français des Afars et des Issas). Ainsi, la colonisation a dit aux Afars: «vous êtes les premiers» et aux Issas: «vous êtes les seconds» et aux deux «le territoire n’appartient qu’à vous», oubliant au passage les barbelés de Balbala et l’Histoire. Dix ans durant, les premiers ont vécu dans l’illusion d’être les dominants, au moins politiquement car ils n’avaient plus besoin de laissez-passer pour circuler; mais sans aucune amélioration au niveau économique. Surtout, les autres composantes ont été précipitées dans les anciennes catégories coloniales de «Somalis allogènes» ou de «Yéménites».

A l’Indépendance, l’on assiste à un double mouvement. D’un côté, le renversement des rapports de domination, le sentiment de revanche étant nourri par de multiples facteurs locaux et régionaux, condamne les anciens «premiers» à une subordination durable, aux seconds rôles et au poste de Premier ministre de pacotille, sans chef de gouvernement. De l’autre, la sous-représentation politique des «allogéneïsé», réduits à quelques sièges au Parlement et une présence symbolique au gouvernement, consolide le face-à-face Afar-Issa. Pour couronner le tout, le premier président de la République s’est trouvé investi d’un rôle gigantesque, incompatible avec la construction d’une identité nationale : guide suprême de la nation Issa! Les premiers temps de la radio-télévision djiboutienne ont même connu un «journal en langue issa». Quelques intellectuels organiques se mirent à la disposition de ce recul historique: la suprématie du droit tribal sur l’Etat de droit. A sa décharge, il faut relever la double contrainte dont Gouled était l’otage: les sollicitations collectives de sa communauté d’origine, déterminées par le temps somali et l’espace sous-régional d’une part, les ambitions personnelles des membres influents de son entourage d’autre part.

Cette répartition des rôles politiques sur la base d’une hiérarchie définitive entre les citoyens, a nui à l’efficacité de l’opposition depuis 1992, et y nuit encore aujourd’hui. Ainsi, dès ses origines, le FRUD (Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie) n’ambitionnait qu’un simple remplacement numérique : substituer ses cadres et leaders aux ministres et députés en place; c’est-à-dire que des gens ont été sacrifiés, des deux côtés, juste pour instaurer une nouvelle vague de cooptation. Ce qui n’est pas étranger non plus à la scission du FUOD (Front Uni de l’Opposition Djiboutienne, créé à Paris en juin 1992) suite à la Constitution de septembre de la même année. Sur les quatre partis prévus, deux furent accordés à des dissidents du FUOD et devinrent PND et PRD; le dernier restant jusqu’en 1994 réservé aux dissidents du FRUD. Et, jusqu’à aujourd’hui, la sélection du personnel politique respecte cette hiérarchie, avec ce duopole déséquilibré afar-issa.

La véritable rupture, sorte de parenthèse en forme de transgression, arrive en 2003 avec l’UAD (Union pour une Alternance Démocratique) et rappelle une évidence oubliée depuis 1981: à condition d’avoir une stature nationale, n’importe quel Djiboutien peut prétendre au leadership et postuler à la charge de chef de l’Etat. En effet, il est clair pour tout un chacun, que Dini et Sheiko avaient cette assise populaire et pouvaient rassembler toutes les composantes du pays. Depuis eux, aucun ne peut, pour le moment, nourrir une telle ambition et si, par miracle, il s’en dégageait un, il ferait à coup sûr l’unanimité de la classe politique contre lui: ceux qui s’estiment éternels premiers et ceux qui ne valent pas mieux qu’éternels seconds se ligueraient pour se protéger d’une telle subversion. D’où la stratégie de vizir  à laquelle les hommes politiques afars sont condamnés: à défaut d’avoir la présidence de la République, tous se battent pour pouvoir un jour devenir Premier ministre. Ainsi, les «dirigeants» de l’ARD se cramponnent à l’USN uniquement dans cette perspective, au mépris de la base du parti qui demande un véritable programme politique, au moins deux d’entre eux attendent fébrilement la primature, au hasard d’une hypothétique négociation généreusement concédée par le chef de l’Etat. Cette posture d’éternel Iznogood, ne cherchant même pas à devenir calife à la place du calife, produit deux effets négatifs. D’une part elle structure tous les partis politiques selon cette définition du politiquement pensable et possible, avec le recrutement de simples faire-valoir que sont les coopérants ethniques et, d’autre part, la soumission de ceux qui se contentent des seconds rôles constitue une interdiction faite aux leaders des autres communautés d’espérer grimper dans la hiérarchie.

Donc, disons-le clairement: l’Afar en tant qu’éternel second, Premier ministre pour toujours, est un frein à l’avènement de la Démocratie et à l’égalité entre les citoyens. Avant le déclenchement de la guerre civile en 1992, la dictature avait deux projets pour affaiblir la représentation politique de cette communauté (après les manipulations de la démographie et le refus de délivrance des cartes d’identité nationale et d’inscription sur les listes d’état civil): réduire le nombre de ses députés et lui confisquer le poste de Premier ministre. Les législatives du 22 février 2013 ont concrétisé le premier point puisqu’elle a perdu un siège dans la circonscription électorale d’Arta; dommage que la primature lui soit encore concédée, car ce serait une réelle avancée démocratique. (Que les lecteurs me pardonnent de n’avoir pas publié la deuxième partie de l’article intitulé «De la kalachnikov au pistolet à eau»: l’effondrement des résistances et des utopies entre 1992 et 2012 donne matière à un livre; tandis que le naufrage collectif de 2013 lors des dernières législatives, en mérite un autre).

Le summum du mépris dans ce rapport de domination est le fait de discourir, au fin fond de la brousse et sans traduction aucune, dans une langue que l’auditoire ne pratique pas, ou alors sous la contrainte. Tourner le dos à un tel malotru? C’en serait fini de la distribution des aides alimentaires occidentales. Mais, exiger des applaudissements dans ces circonstances, n’est pas un peu comme le singe dans les zoos qui implore des cacahuètes pour récompenser sa prestation?

Enfin, pour en revenir à l’USN, au-delà des abstractions idéelles et abstraction faite de ses erreurs conjoncturelles, comment lui trouver des raisons valables d’être durablement soutenue par toutes les composantes de la communauté nationale lorsque:

  • La composition de l’Assemblée Nationale reflète une profonde inégalité entre les citoyens que seule une forte de dose de proportionnelle (40%) peut corriger en même temps qu’une réduction des sièges, le tout devant mettre fin aux quotas;
  • Bien que se profile déjà la présidentielle de 2016, nul n’évoque la configuration de l’Exécutif: à quoi servent un Premier ministre et des ministres sans pouvoir? Que proposer: une dyarchie au sommet, aux résultats mitigés même en France ou un système à l’américaine?
  • Sur la base de quel projet de société l’adhésion populaire peut-elle être la plus large, loin de la manipulation des rancœurs ou l’instrumentalisation des frustrations?

Il y a un vaste chantier qui attend la diaspora: proposer une alternance crédible, non pas en termes d’individus, mais de vision du monde. A considérer par exemple le surinvestissement de certains compatriotes dans les affaires des pays voisins, l’on se rend compte de la déperdition de nos énergies: il n’y a pas pire forme de démission que l’exil mental, l’émigration identitaire. Soyons fiers d’être Djiboutiens!

Signé : C.A.D

ODDH: COMMUNIQUE DE PRESSE

ODDH logoCommuniqué de presse:
Les visites aux familles des détenus devenues une infraction …
Djibouti, le 6 juin 2013

Pour marquer le 100ème jour de détention arbitraire de 3 cheiks et leaders de l’USN, il a été décidé de rendre visite aux familles respectives de Barkat, Bachir et Guirreh, le mardi 4 juin 2013. Cet acte citoyen a été interprété comme une rébellion. Une fois encore la police est venue avec son armada de voitures antiémeute à proximité des domiciles des 3 cheiks et leaders, empêchée les citoyens de rendre visite aux familles. Rendre visite aux familles des 3 cheiks et leaders de l’USN est-il un délit puni par le code pénal?

Comme d’habitude il y a eu des arrestations encore et toujours. En effet, en marge de cette journée, la police a procédé un certain nombre d’arrestations des simples citoyens (étudiants, membres dune même famille, …), des militants voire des responsables de l’USN. La coalition de l’opposition, l’USN nous a transmis la liste des personnes arrêtées surtout dans la commune de Balballa ce mardi 4 juin dont certaines ont été victimes des violences policières. Il s’agit de Nasser Ibrahim Bouh, Zahra Ibrahim Bouh, Amin Ibrahim Bouh, Mariam Youssouf Rayaleh, Abdourahman Moussa Dabar, Sahal Moussa Dabar, Nasridine Ibrahim Ahmed, Abass Guedi Hared, Mohamed Ebo Omar, Anissa Goumaneh Guelleh, Abdoulaziz Abdillahi Goulal, Guelleh Omar Arreh, Abdallah Habib Bourhan ainsi que les frères Radwan, Djama et Kadir Ibrahim Rayaleh et leur mère Amina Djama Ibrahim arrêtés à la place de leur frère Abdourazak Ibrahim Rayaleh qui est activement recherché.

D’autre part, Souleiman Ibrahim Okieh arrêté le vendredi 31 mai 2013 par la police de Balbala, a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode, en même temps que le président du MoDeL et membre de la direction de l’USN, Sougueh Ahmed Robleh.

L’ODDH exprime son inquiétude face à la brutalité policière de ces derniers temps dont sont victimes les opposants et les simples citoyens.

L’ODDH dénonce et condamne la poursuite de la politique de la répression dont sont victimes les opposants.

L’ODDH appelle au pouvoir public à la libération de tous les prisonniers politiques, au rétablissement de la légalité constitutionnelle par une solution négociée et à l’ouverture d’un dialogue politique dans les meilleurs délais pour sortir de la crise actuelle.

Agir pour la démocratie, la dignité et la justice.

Le Président de l’ODDH
Farah Abdillahi Miguil

Article de Cassim Ahmed Dini

cassim a diniCALIFE RECRUTE VIZIR
« Je ne peux rien
pour qui ne se pose pas
de questions »

Première partie de la contribution à la table ronde de Nantes du 25 mai 2013

En mars de l’année dernière, nous avions entrepris une tournée dans les districts. Ainsi, à Tadjourah par exemple, j’ai été sidéré d’entendre de très jeunes sympathisants scander «UAD! UAD». Dix ans après sa naissance, c’est dire le rôle fondamental qu’a joué cette coalition dans le processus de politisation, de socialisation des jeunes générations, ce qui est remarquable après l’effondrement des espérances consécutif à la dissidence du FRUD de 1994 et à la répression consubstantielle du quartier d’Arhiba par les forces gouvernementales la même année, poussant nombre de ses habitants à trouver refuge dans la cathédrale de Djibouti.

Courte introduction pour souhaiter une aussi longue vie à la nouvelle coalition USN, au moins en ce qui concerne sa prétention à susciter l’espoir dans toutes les communautés, ce qui ne va pas de soi. Mais en même temps lui souhaiter une moins longue vie, considérant l’inefficacité dont l’UAD a fait preuve à durablement s’imposer comme relève crédible et à œuvrer dans le sens de l’indispensable fédération des synergies : la diaspora aujourd’hui mobilisée aurait pu et dû l’être depuis bien longtemps. Comme vous le savez certainement, il n’y a jamais eu une UAD travaillant au sein de la diaspora, ni de partis politiques qui en étaient constitutifs. L’on nous dit aujourd’hui que l’USN est la grande maison de toute l’opposition djiboutienne. Personnellement, je reste dubitatif car une maison se construit d’abord par des fondements solides et non par le toit : sans des partis politiques structurés, il est inutile de rêver d’une coalition cohérente.

J’anticipe mais si l’on me dit que je rame à contre-courant, je répondrai simplement que seuls les poissons morts vont dans le sens du courant
Le thème que j’ai choisi de traiter s’intitule «calife recrute vizir».

Derrière le côté bande dessinée du titre, tout le monde aura compris que le sujet est quelque peu anxiogène, irritant, urticant : l’éternelle question de la division du travail politique en fonction de l’origine, Au moins vais-je tenter, préventivement, de passer une couche de baume antihistaminique sur les réticences, souvent inconscientes, à l’explicitation des enjeux et des logiques de mobilisation comme de démobilisation. Je vais, si vous le permettez, partir d’une expérience personnelle, malheureuse, pour essayer de comprendre les différentes dimensions d’une trajectoire collective, en rapport avec cette hiérarchie de l’homo politicus djiboutien.

Dans une vie antérieure, j’avais toujours travaillé pour le parti sans aucun titre officiel : l’efficacité de la besogne me paraissant plus gratifiante que la gloriole des fonctions sans mission dont se satisfont tous les gradés in partibus, comme disent les latinistes. Pour fructifier ma présence en France et continuer de servir l’organisation, l’idée saugrenue m’a pris de faire de la politique, c’est-à-dire d’avoir un titre officiel car, pour être accepté en tant qu’interlocuteur, il faut avoir ici une qualité, terme remarquablement polysémique. Or, avoir une place dans un organigramme, c’est accepter une case sur un échiquier, un dossard dans une course d’obstacles, se retrouver volens nolens engagé dans une compétition pour le pouvoir, l’influence, le droit de décider pour autrui, c’est-à-dire pour la masse et malheureusement être soupçonné de chercher à accroître sa position dans la hiérarchie.

En France, c’est différent car la volonté populaire qui s’exprime lors des différents scrutins contribue à asseoir la légitimité du personnel politique. Quand, comme c’est le cas à Djibouti, le vote n’est qu’un leurre et quand la démocratie interne est quantité négligeable dans tous les partis politiques, non seulement il est chimérique de prétendre garantir ou apporter pour tout le pays cette démocratie que l’on refuse en son propre sein, mais surtout toute tentative de rénovation se heurte à la résistance réactionnaire des apparatchiks, le tout que ce soit dans le régime ou dans l’opposition. Croyant bien faire, je me suis rendu à Djibouti donc l’année dernière pour suggérer de mettre le parti en ordre de bataille par une indispensable réorganisation interne, ce qui supposait la tenue d’un congrès extraordinaire, au moins pour statuer sur la pertinence de reconduire ou pas le boycott systématique de toutes les élections. Or, cette instance étant également habilitée à élire de nouveaux responsables, l’instinct de survie obligeait les dirigeants à vie à opter pour l’inertie tactique et combattre cette nécessaire rénovation. Donc, je me croyais sur le pont d’Arcole, je me suis retrouvé dans la morne plaine de Waterloo. La défaite fut cinglante et sans appel. Erreur politique qui ne se reproduira plus.

Dans un premier temps, au moins pour se consoler, l’être humain tente vainement de relativiser et de minimiser ce qu’il vit comme échec personnel, c’est le début de la résilience. J’ai trouvé un réconfort dans la liste d’illustres penseurs ayant tragiquement échoué dans leur vie politique. Tocqueville par exemple, a raté sa carrière politique, contemporain des premières élections au suffrage universel de 1848, il fut même élu à l’Assemblée constituante. Max Weber également, auquel la sociologie du pouvoir doit tant, a échoué en politique, lui qui fut pourtant un des membres fondateurs du Parti démocrate allemand. N’oublions pas Trotski qui, avant que d’être trucidé par Ramon Mercader, signa son arrêt de mort politique au sein du Parti communiste pour avoir osé dénoncer la bureaucratisation initiée par la troïka Zinoviev, Kamenev et Staline : et peut-être même Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT et membre du Bureau Politique du PCF. Donc, après avoir mis un terme à toute activité dans le cadre du parti, il me semble être de mon devoir de proposer des analyses de la situation afin d’être proactif contre cette dictature dont, faut-il le rappeler, nous n’arrivons pas à nous débarrasser depuis 36 ans.

Le baume s’arrête avec cette galerie de portraits, passons aux choses sérieuses à travers une série de questions. On sait que la loi de la gravitation a permis à Newton d’expliquer pourquoi une pomme tombe à terre. Nier la validité de cette loi n’empêchera jamais une pomme de tomber. De même, il existe des lois sociologiques permettant de comprendre les comportements de groupes humains dans des contextes historiques donnés : les nier au nom du relativisme culturel ou d’autres considérations téléologiques n’aura aucune sorte d’incidence sur les causalités du probable. D’où cette série de questions:

  • Première question, presque triviale : puisqu’il semble vraiment impossible de servir sans se servir, d’être utile à une cause en tout altruisme, quelle logique de positionnement explique que l’on fasse passer ses ambitions personnelles avant les intérêts généraux, quitte à saboter toute une organisation? Ce qui renvoie aux chances que chaque acteur s’accorde dans la réalisation du destin politique dont il a le droit de rêver : président de la République, Premier ministre ou simple ministre.
  • Quelles sont les logiques de délégitimation qui expliquent que le parti politique le mieux structuré de l’opposition, donc virtuellement le plus important au sein de l’USN, en arrive à littéralement s’effondrer en quelques mois, au détour d’un scrutin législatif perdu d’avance? Ce qui renvoie à l’opposition entre deux conceptions de la politique : l’aristocratique et la libérale.
  • La semaine dernière, un leader de l’opposition fustigeait sa communauté d’origine dont il dénonçait l’indifférence par rapport à la contestation postélectorale en cours. Ce qui n’est pas inexact, faisant même croire à certains que les principales victimes de ce régime sont depuis le 22 février 2013 ses plus inconditionnels soutiens, donc objectivement ennemis de l’USN. Que les opposants démocrates concèdent au moins à cette communauté le droit de ne pas se sentir très concernée par les tribulations d’une «Assemblée Nationale Légitime» au sein de laquelle siègent deux criminels de guerre notoires, qui ont massacré tant de civils de Yoboki à Randa, en passant par le Day. D’où la question sous forme d’extension de la précédente : dans quelle mesure l’effondrement de cette formation politique, censée porter les revendications de cette composante nationale, en tant qu’issue de la lutte armée, peut-il affecter l’actuelle contestation? Ce qui renvoie aux stratégies sous-jacentes à cette coalition de circonstance, au-delà du discours unitaire.
  • Ce qui conduit tout naturellement à la quatrième question, car il ne faut pas perdre de vue l’idéal démocratique qui nous rassemble ici, et qui ne saurait se réduire à une coalition miraculeuse ou s’incarner dans un leader providentiel : en ayant une pleine conscience des forces en présence, comment rendre notre lutte plus efficace et, à plus ou moins long terme, victorieuse? Etant dorénavant entendu que se ne sont pas les rassemblements des vendredis ou les gesticulations d’une assemblée-bis (qui devra se doter d’un Journal Officiel-bis pour immortaliser ses travaux) qui viendront rapidement à bout de ce régime.

En préalable, il convient peut-être de se demander si toutes ces questions ne renvoient pas à un questionnement général, si tous ces problèmes, par-delà leur apparente hétérogénéité, ne relèvent pas d’une même problématique, à savoir les modes d’appropriation de l’Etat moderne, de la Démocratie pluraliste et donc du suffrage universel, dans la configuration historique, pour parler comme Norbert Elias, qui est la nôtre, celle d’un Etat postcolonial pluriethnique. L’ennui vient peut-être qui fait que nous nous croyons acteurs rationnels, totalement libres de nos choix. Or il n’en est rien.

Partons de la proposition heuristique avancée par Karl Marx dans les premières lignes de son 18 Brumaire: «Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c’est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu’ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu’ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d’ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l’histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté.».

Examinons donc ensemble dans quelle mesure «le mort saisit le vif» pour dire comme Proust, c’est-à-dire ce qui, dans notre passé, pèse sur notre présent et obère notre futur.

A suivre.

Un article de Aïnaché

mousse ainacheLiberté de la
presse à Djibouti…
Liberté tout simplement

par AÏNACHÉ

Les défenseurs des Droits de l’Homme le savent bien : une des premières actions pour agir  consiste à inventorier sans relâche les manquements aux libertés. Dans ce domaine, il ne faut pas craindre de se répéter! Lors d’une conférence en avril dernier à Paris à la Maison d’Afrique, j’avais  évoqué le paysage médiatique de Djibouti  … Ancien Directeur-Général de la RTD, (Radio et Télévision de Djibouti), c’était en professionnel mais aussi en citoyen que j’avais décrit la situation des medias dans mon pays.
Permettez que je vous en dresse ici  le panorama.

Ce ne sera pas long et pour cause:

  • Un journal unique,
  • Une radio et une télévision étatique.
  • Point final.

A Djibouti, on n’aime pas les journalistes, aucun n’obtient de visa pour entrer. Plusieurs journalistes se sont vu refuser leurs demandes de visa, d’autres se sont vu refoulés à l’aéroport. Ce fut la mésaventure du correspondant de la chaîne Qatari  »AL JAZIRA » dans la région qui avait essayé sur plusieurs frontières de rentrer à Djibouti lors des manifestions unitaires de l’opposition de février 2011.

C’est simple, dans nos représentations et notamment à Paris, la première question que les agents d’accueil posent aux demandeurs de visa est celle-ci  »êtes-vous journaliste ? ». Ce qui désarçonne les simples touristes et finalement en décourage certains.

Il y a quand même une exception à ces refus, les journalistes du Magazine Jeune-Afrique. Ces derniers n’ont pas besoin de faire de démarches pour obtenir des visas. Ils ne risquent aucun refus comme leurs collègues car ils sont régulièrement invités par le pouvoir à chaque fois que celui-ci a besoin de faire passer un message.

Quant à l’opposition, interdiction lui est faite de créer un media indépendant. Le pouvoir s’est fait violence durant la campagne électorale en couvrant partiellement les réunions de l’opposition. La couverture obligatoire se transformait régulièrement en un sabotage.

En effet,  les trois minutes octroyées généreusement à l’opposition, dans  »l’Édition Spéciale élection » se résumait à un plan large de la réunion et quelques phrases hachées des différents orateurs donc forcément dénaturées. Cela frisait le ridicule.

La plupart du temps, pour ne pas dire quotidiennement, le journal télévisé se limite intégralement à l’activité présidentielle. Il n’est pas surprenant pour ceux qui subissent le déroulement du journal télévisé, de voir de longues minutes sans commentaires, comme au temps des films muets…

En effet, les journalistes de différentes rédactions, journal écrit, agence de presse,  radio et télévision ne produisent rien sur les informations locales : ils reçoivent  du cabinet présidentiel les textes à lire et à imprimer.

Il n’est pas étonnant que les Djiboutiens suivent les radios et télévisions étrangères.  Cela agace prodigieusement le pouvoir. Il fait régulièrement des tentatives auprès des médias étrangers et particulièrement des chaînes qui diffusent des informations en langue somalie : BBC de Londres et VOA de Washington. Il se murmure que les  journalistes de ces différentes radios seraient approchés régulièrement par des émissaires  gouvernementaux afin de  monnayer un contenu bienveillant pour le pouvoir en place… Quant à RFI, (Radio France International) … Le pouvoir ne s’est pas gêné pour fermer purement et simplement son relais pour la région de la corne d’Afrique.

Jusqu’à présent, le gouvernement ne montre pas la moindre ouverture dans le domaine des médias, bien au contraire, il refuse toute demande de création d’un journal ou d’une radio indépendants. Il n’est donc pas étonnant que notre pays se loge au 167ème rang  du classement mondial de « Reporters Sans Frontière ».

Pourtant le gouvernement de Djibouti a légiféré dans ce domaine en créant il y a 20 ans une Commission Nationale de la Communication.

Je vous lis le texte de la Constitution à ce sujet :

 » La Commission Nationale de la Communication est une autorité indépendante prévue par la loi n°2/AN/92 2ème L du 15 septembre 1992 relative à la liberté de la communication. La liberté de communication est garantie par la Constitution et, est définie par l’article 3 de la loi susvisée: « La liberté de communication est le droit, pour chacun de créer et d’utiliser librement le média de son choix pour exprimer sa pensée en la communiquant à autrui, ou pour accéder à l’expression de la pensée d’autrui. Le citoyen a le droit à une information complète et objective, et le droit de participer à l’information par l’exercice des libertés fondamentales de pensée, d’opinion et d’expressions proclamées par la Constitution. La Commission Nationale de la Communication est chargée de veiller au respect du pluralisme de l’information ».

Impressionnant, n’est-ce pas? Cette commission n’a jamais été constituée.

Dans ces domaines concernant les Libertés, le gouvernement rédige des lois qui ne seront jamais appliquées. Autant de belles paroles, de beaux textes inspirés … pour maquiller les offenses quotidiennes à la démocratie. Comme nous sommes nombreux à le constater, la situation empire depuis l’élection détournée du 22 février dernier. Au-delà des atteintes à la Liberté de la presse, ce sont les Droits de l’Homme qui sont gravement bafoués.

Sur place, il est difficile et dangereux pour les Djiboutiens de lutter directement. Les mesures d’intimidations sont fréquentes et les portes de la prison de Gabode s’ouvrent facilement pour ces hommes qui se lèvent pour s’opposer, protesté … Voire seulement pour s’exprimer. Voire seulement pour démontrer leur amitié et apporter leur soutien.  Oui, il existe un délit d’amitié à Djibouti …

Les détentions arbitraires sont monnaie courante et comme le dénonce l’ODDH dans son communiqué de presse du 19 mai dernier, certains prisonniers ont été  « soumis à un traitement inhumain et dégradant dans des conditions extrêmes. » Un certain nombre de personnes ont été refoulées à l’aéroport de Djibouti. Il leur a été interdit de quitter le pays. Une liste d’une centaine de personnes ainsi privées de sortie de territoire aurait été établie par le pouvoir. Voilà l’état des lieux.

La situation se détériore, il convient de nous mobiliser davantage et nous en sommes conscients. Conscients et déterminés. Quelles sont nos forces et quels sont nos outils pour combattre cette situation sur place et à l’extérieur de Djibouti?

Sur place, rendons hommage à l’ODDH, l’Organisation Djiboutienne des Droits de l’Homme qui œuvre depuis de nombreuses années. (1999) A Jean-Paul Abdi Noël en particulier, hélas décédé,  et aujourd’hui à son successeur, Farah Abdillahi Miguil.

Depuis déjà quelques années, des sites internet favorisent l’échange et la circulation de l’information. Le développement des réseaux sociaux comme twister et Facebook facilite cette démarche. Malheureusement, l’accès à Internet n’est pas encore à la portée de tous les Djiboutiens soit par éloignement géographique, soit pour des raisons culturelles et économiques.  Sans compter que la censure intervient également à ce niveau en privant sporadiquement Djibouti de connexions.

Nous constatons que, malgré la censure, malgré l’information manipulée, malgré les arrestations, les Djiboutiens expriment leur frustration et n’ont plus peur de réclamer le changement. A Djibouti, le vendredi* est devenu un jour dédié à la revendication. Les hommes et des femmes se retrouvent à la mosquée que personne ne peut encore leur interdire.

Ce phénomène inquiète à tel point le pouvoir en place que la présidence a convoqué les imams pour une réunion au cours de laquelle le contenu de leur prêche leur est suggéré… Il nous appartient d’envoyer à ces hommes et à ces femmes des manifestations de soutien. La diaspora d’Europe et d’Amérique du Nord, elle, se rassemble et s’organise, comme aujourd’hui à Nantes.

Nous allons constituer des groupes de travail thématiques, multiplier les réunions matérielles et immatérielles, participer à des Forums, tel que celui-ci pour contribuer à porter haut et fort la parole bâillonnée de nos concitoyens.

Communiqué USN

USNCANADA: Comite de soutien USN

Dans le cadre de ses activités le comité de soutien USN du CANADA organise une rencontre de concertation et de sensibilisation avec la base, les militants ainsi que les autres démocrates ce samedi 01 juin 2013. Lors de cette rencontre nous ferons le point sur la situation actuelle que le pays traverse aujourd’hui, un rappel des activités faites du comite jusqu’à’ présent ainsi celles qui auront lieu sous peu.

LIEU ET HEURE :

CENTRE HERON
1480 HERON ROAD
Samedi 01 juin de 18H A’ 21H

CONTACTS :

MOHAMED HOUSSEIN – TEL:613 700 83 71
ZEINAB ISMAEL – TEL:613 614 84 12