Un article de Cassim Ahmed Dini

cassim a diniCALIFE RECRUTE VIZIR (fin)
Afar-Issa: «Je t’aime, moi non plus»

La critique, même constructive, n’est pas la bienvenue ces temps-ci, même dans l’opposition, preuve que s’y installe la stérilité intolérante et intolérable de la pensée unique. Argument imparable asséné par ses coursiers: «et vous, que faites-vous, que proposez-vous?». Dédouanons-nous donc au préalable, comme les ablutions précédant la prière. Un jour début mars, un vieux sage (tous les vieux ne sont pas sages) a eu la mauvaise idée de me suggérer de travailler avec l’USN, ce que j’avais accepté. Lorsqu’il présenta cette proposition en réunion de l’USN, «hors de question, surtout pas lui!» rugirent les ‘dirigeants’ ARD, l’un d’eux se vantant même plus tard de ce sabotage, entre deux bouffées de chicha. Les autres généraux présents optèrent pour un silence complice, trouvant peut-être leur compte dans ce règlement de comptes: qui refuserait les services d’un Afar de service?

Ce qui montre deux choses et conduit à une résolution. Déjà sans discipline ni solidarité, il est désormais prouvé que ce parti a également renié son idéal fondateur (Hadaf) et rompu le contrat de confiance, au moins pour avoir trahi le devoir de vérité et le respect des militants. En second lieu, j’ai au moins la conscience tranquille d’avoir essayé, malgré tout, d’apporter ma modeste contribution à l’USN. Préférer prendre le risque de perdre (en refusant les bonnes volontés, nombreuses, comme Houssein Andoleh au Canada ou d’autres à Djibouti) plutôt que de mettre toutes les chances de son côté, trahit des agendas de moins en moins cachés: cette coalition est avant tout un vivier de candidats à la future présidentielle, pas moins de sept, en excluant l’ARD condamnée à se contenter du second rôle de supplétifs. D’où la résolution: je prie mes amis réunis au sein du CODED de bien vouloir me considérer des leurs et les invite à une large concertation. Il y a urgence : il faut sauver l’esprit de l’USN en dépit du corps de l’USN. C’est pourquoi il nous faut nous organiser de façon indépendante pour proposer et agir, d’abord à l’extérieur ensuite à l’intérieur.

Après avoir remercié le Très-Haut pour sa miséricorde, pardonnons ces errements et cherchons à les comprendre : au-delà des dimensions strictement personnelles, quelle est la part d’héritage collectif qui détermine aujourd’hui la vie politique djiboutienne et explique ces comportements, indignes par définition et plus encore dans le contexte actuel?

On aurait pu partir des 23.000km2 qui définissent notre espace commun, ses origines et surtout ses transformations avec les portions généreusement données à l’empire abyssin, réduisant d’autant le nombre des bureaux de vote.

On aurait pu partir de la population que nous formons et évoquer les centaines d’autochtones tués par la puissance coloniale et les dizaines de milliers expulsés de la Capitale et du Sud-Ouest: leurs descendances sont autant de citoyens et d’électeurs en moins.

On aurait pu évoquer les différents districts et aborder les raisons pour lesquelles ils ont été créés et établir la dépossession de l’autochtone dans la transformation de Hayyu en Obock: le district, c’est aussi une circonscription électorale.

On aurait enfin pu survoler la Capitale et assister aux différentes vagues de son peuplement, selon une logique d’immigration qui se retrouve dans l’homogénéité communautaire, excepté le quartier 4: cela aurait permis d’établir une ethnographie, une cartographie ethnique ou tribale des bureaux de vote et même de comprendre pourquoi aujourd’hui tel ou tel quartier refuse de «bouger».

Et surtout saisir la lutte pour la maitrise de ce bien sans maitre qu’était la rade de Djibouti: à côté du boutre qui arrive «Ja Bouti» ou de la chute de l’ogresse «Jab Boutti», le toponyme viendrait pour certains de GABOD, désignant les plateaux madréporiques du Héron, du Serpent et du Marabout. Sans oublier Haramous, secteur tristement célèbre de nos jours. Vaste écriture de notre patrimoine dont il appartiendra aux historiens de dresser l’inventaire en toute rigueur.

Résumons : la dénomination CFS (Côte Française des Somalis) n’a pas laissé un grand traumatisme dans les esprits. Juste quelques grincheux relèvent que, selon le dictionnaire, le mot «ouabaïne» est d’origine somalie: et alors? Non seulement c’est vrai mais il se trouve qu’à l’époque ni la langue afar ni ses locuteurs n’existaient officiellement pour parler de l’arbre «wayboyta» ou du «waybu» dans son usage pharmacologique.

Par contre, la structuration de notre univers politique ainsi que la hiérarchisation correspondante de la citoyenneté découlent directement des bouleversements survenus en 1967: à cette date, la colonie est devenue le TFAI (Territoire Français des Afars et des Issas). Ainsi, la colonisation a dit aux Afars: «vous êtes les premiers» et aux Issas: «vous êtes les seconds» et aux deux «le territoire n’appartient qu’à vous», oubliant au passage les barbelés de Balbala et l’Histoire. Dix ans durant, les premiers ont vécu dans l’illusion d’être les dominants, au moins politiquement car ils n’avaient plus besoin de laissez-passer pour circuler; mais sans aucune amélioration au niveau économique. Surtout, les autres composantes ont été précipitées dans les anciennes catégories coloniales de «Somalis allogènes» ou de «Yéménites».

A l’Indépendance, l’on assiste à un double mouvement. D’un côté, le renversement des rapports de domination, le sentiment de revanche étant nourri par de multiples facteurs locaux et régionaux, condamne les anciens «premiers» à une subordination durable, aux seconds rôles et au poste de Premier ministre de pacotille, sans chef de gouvernement. De l’autre, la sous-représentation politique des «allogéneïsé», réduits à quelques sièges au Parlement et une présence symbolique au gouvernement, consolide le face-à-face Afar-Issa. Pour couronner le tout, le premier président de la République s’est trouvé investi d’un rôle gigantesque, incompatible avec la construction d’une identité nationale : guide suprême de la nation Issa! Les premiers temps de la radio-télévision djiboutienne ont même connu un «journal en langue issa». Quelques intellectuels organiques se mirent à la disposition de ce recul historique: la suprématie du droit tribal sur l’Etat de droit. A sa décharge, il faut relever la double contrainte dont Gouled était l’otage: les sollicitations collectives de sa communauté d’origine, déterminées par le temps somali et l’espace sous-régional d’une part, les ambitions personnelles des membres influents de son entourage d’autre part.

Cette répartition des rôles politiques sur la base d’une hiérarchie définitive entre les citoyens, a nui à l’efficacité de l’opposition depuis 1992, et y nuit encore aujourd’hui. Ainsi, dès ses origines, le FRUD (Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie) n’ambitionnait qu’un simple remplacement numérique : substituer ses cadres et leaders aux ministres et députés en place; c’est-à-dire que des gens ont été sacrifiés, des deux côtés, juste pour instaurer une nouvelle vague de cooptation. Ce qui n’est pas étranger non plus à la scission du FUOD (Front Uni de l’Opposition Djiboutienne, créé à Paris en juin 1992) suite à la Constitution de septembre de la même année. Sur les quatre partis prévus, deux furent accordés à des dissidents du FUOD et devinrent PND et PRD; le dernier restant jusqu’en 1994 réservé aux dissidents du FRUD. Et, jusqu’à aujourd’hui, la sélection du personnel politique respecte cette hiérarchie, avec ce duopole déséquilibré afar-issa.

La véritable rupture, sorte de parenthèse en forme de transgression, arrive en 2003 avec l’UAD (Union pour une Alternance Démocratique) et rappelle une évidence oubliée depuis 1981: à condition d’avoir une stature nationale, n’importe quel Djiboutien peut prétendre au leadership et postuler à la charge de chef de l’Etat. En effet, il est clair pour tout un chacun, que Dini et Sheiko avaient cette assise populaire et pouvaient rassembler toutes les composantes du pays. Depuis eux, aucun ne peut, pour le moment, nourrir une telle ambition et si, par miracle, il s’en dégageait un, il ferait à coup sûr l’unanimité de la classe politique contre lui: ceux qui s’estiment éternels premiers et ceux qui ne valent pas mieux qu’éternels seconds se ligueraient pour se protéger d’une telle subversion. D’où la stratégie de vizir  à laquelle les hommes politiques afars sont condamnés: à défaut d’avoir la présidence de la République, tous se battent pour pouvoir un jour devenir Premier ministre. Ainsi, les «dirigeants» de l’ARD se cramponnent à l’USN uniquement dans cette perspective, au mépris de la base du parti qui demande un véritable programme politique, au moins deux d’entre eux attendent fébrilement la primature, au hasard d’une hypothétique négociation généreusement concédée par le chef de l’Etat. Cette posture d’éternel Iznogood, ne cherchant même pas à devenir calife à la place du calife, produit deux effets négatifs. D’une part elle structure tous les partis politiques selon cette définition du politiquement pensable et possible, avec le recrutement de simples faire-valoir que sont les coopérants ethniques et, d’autre part, la soumission de ceux qui se contentent des seconds rôles constitue une interdiction faite aux leaders des autres communautés d’espérer grimper dans la hiérarchie.

Donc, disons-le clairement: l’Afar en tant qu’éternel second, Premier ministre pour toujours, est un frein à l’avènement de la Démocratie et à l’égalité entre les citoyens. Avant le déclenchement de la guerre civile en 1992, la dictature avait deux projets pour affaiblir la représentation politique de cette communauté (après les manipulations de la démographie et le refus de délivrance des cartes d’identité nationale et d’inscription sur les listes d’état civil): réduire le nombre de ses députés et lui confisquer le poste de Premier ministre. Les législatives du 22 février 2013 ont concrétisé le premier point puisqu’elle a perdu un siège dans la circonscription électorale d’Arta; dommage que la primature lui soit encore concédée, car ce serait une réelle avancée démocratique. (Que les lecteurs me pardonnent de n’avoir pas publié la deuxième partie de l’article intitulé «De la kalachnikov au pistolet à eau»: l’effondrement des résistances et des utopies entre 1992 et 2012 donne matière à un livre; tandis que le naufrage collectif de 2013 lors des dernières législatives, en mérite un autre).

Le summum du mépris dans ce rapport de domination est le fait de discourir, au fin fond de la brousse et sans traduction aucune, dans une langue que l’auditoire ne pratique pas, ou alors sous la contrainte. Tourner le dos à un tel malotru? C’en serait fini de la distribution des aides alimentaires occidentales. Mais, exiger des applaudissements dans ces circonstances, n’est pas un peu comme le singe dans les zoos qui implore des cacahuètes pour récompenser sa prestation?

Enfin, pour en revenir à l’USN, au-delà des abstractions idéelles et abstraction faite de ses erreurs conjoncturelles, comment lui trouver des raisons valables d’être durablement soutenue par toutes les composantes de la communauté nationale lorsque:

  • La composition de l’Assemblée Nationale reflète une profonde inégalité entre les citoyens que seule une forte de dose de proportionnelle (40%) peut corriger en même temps qu’une réduction des sièges, le tout devant mettre fin aux quotas;
  • Bien que se profile déjà la présidentielle de 2016, nul n’évoque la configuration de l’Exécutif: à quoi servent un Premier ministre et des ministres sans pouvoir? Que proposer: une dyarchie au sommet, aux résultats mitigés même en France ou un système à l’américaine?
  • Sur la base de quel projet de société l’adhésion populaire peut-elle être la plus large, loin de la manipulation des rancœurs ou l’instrumentalisation des frustrations?

Il y a un vaste chantier qui attend la diaspora: proposer une alternance crédible, non pas en termes d’individus, mais de vision du monde. A considérer par exemple le surinvestissement de certains compatriotes dans les affaires des pays voisins, l’on se rend compte de la déperdition de nos énergies: il n’y a pas pire forme de démission que l’exil mental, l’émigration identitaire. Soyons fiers d’être Djiboutiens!

Signé : C.A.D

ODDH: COMMUNIQUE DE PRESSE

ODDH logoCommuniqué de presse:
Les visites aux familles des détenus devenues une infraction …
Djibouti, le 6 juin 2013

Pour marquer le 100ème jour de détention arbitraire de 3 cheiks et leaders de l’USN, il a été décidé de rendre visite aux familles respectives de Barkat, Bachir et Guirreh, le mardi 4 juin 2013. Cet acte citoyen a été interprété comme une rébellion. Une fois encore la police est venue avec son armada de voitures antiémeute à proximité des domiciles des 3 cheiks et leaders, empêchée les citoyens de rendre visite aux familles. Rendre visite aux familles des 3 cheiks et leaders de l’USN est-il un délit puni par le code pénal?

Comme d’habitude il y a eu des arrestations encore et toujours. En effet, en marge de cette journée, la police a procédé un certain nombre d’arrestations des simples citoyens (étudiants, membres dune même famille, …), des militants voire des responsables de l’USN. La coalition de l’opposition, l’USN nous a transmis la liste des personnes arrêtées surtout dans la commune de Balballa ce mardi 4 juin dont certaines ont été victimes des violences policières. Il s’agit de Nasser Ibrahim Bouh, Zahra Ibrahim Bouh, Amin Ibrahim Bouh, Mariam Youssouf Rayaleh, Abdourahman Moussa Dabar, Sahal Moussa Dabar, Nasridine Ibrahim Ahmed, Abass Guedi Hared, Mohamed Ebo Omar, Anissa Goumaneh Guelleh, Abdoulaziz Abdillahi Goulal, Guelleh Omar Arreh, Abdallah Habib Bourhan ainsi que les frères Radwan, Djama et Kadir Ibrahim Rayaleh et leur mère Amina Djama Ibrahim arrêtés à la place de leur frère Abdourazak Ibrahim Rayaleh qui est activement recherché.

D’autre part, Souleiman Ibrahim Okieh arrêté le vendredi 31 mai 2013 par la police de Balbala, a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode, en même temps que le président du MoDeL et membre de la direction de l’USN, Sougueh Ahmed Robleh.

L’ODDH exprime son inquiétude face à la brutalité policière de ces derniers temps dont sont victimes les opposants et les simples citoyens.

L’ODDH dénonce et condamne la poursuite de la politique de la répression dont sont victimes les opposants.

L’ODDH appelle au pouvoir public à la libération de tous les prisonniers politiques, au rétablissement de la légalité constitutionnelle par une solution négociée et à l’ouverture d’un dialogue politique dans les meilleurs délais pour sortir de la crise actuelle.

Agir pour la démocratie, la dignité et la justice.

Le Président de l’ODDH
Farah Abdillahi Miguil

Un article de Aïnaché

mousse ainacheLiberté de la
presse à Djibouti…
Liberté tout simplement

par AÏNACHÉ

Les défenseurs des Droits de l’Homme le savent bien : une des premières actions pour agir  consiste à inventorier sans relâche les manquements aux libertés. Dans ce domaine, il ne faut pas craindre de se répéter! Lors d’une conférence en avril dernier à Paris à la Maison d’Afrique, j’avais  évoqué le paysage médiatique de Djibouti  … Ancien Directeur-Général de la RTD, (Radio et Télévision de Djibouti), c’était en professionnel mais aussi en citoyen que j’avais décrit la situation des medias dans mon pays.
Permettez que je vous en dresse ici  le panorama.

Ce ne sera pas long et pour cause:

  • Un journal unique,
  • Une radio et une télévision étatique.
  • Point final.

A Djibouti, on n’aime pas les journalistes, aucun n’obtient de visa pour entrer. Plusieurs journalistes se sont vu refuser leurs demandes de visa, d’autres se sont vu refoulés à l’aéroport. Ce fut la mésaventure du correspondant de la chaîne Qatari  »AL JAZIRA » dans la région qui avait essayé sur plusieurs frontières de rentrer à Djibouti lors des manifestions unitaires de l’opposition de février 2011.

C’est simple, dans nos représentations et notamment à Paris, la première question que les agents d’accueil posent aux demandeurs de visa est celle-ci  »êtes-vous journaliste ? ». Ce qui désarçonne les simples touristes et finalement en décourage certains.

Il y a quand même une exception à ces refus, les journalistes du Magazine Jeune-Afrique. Ces derniers n’ont pas besoin de faire de démarches pour obtenir des visas. Ils ne risquent aucun refus comme leurs collègues car ils sont régulièrement invités par le pouvoir à chaque fois que celui-ci a besoin de faire passer un message.

Quant à l’opposition, interdiction lui est faite de créer un media indépendant. Le pouvoir s’est fait violence durant la campagne électorale en couvrant partiellement les réunions de l’opposition. La couverture obligatoire se transformait régulièrement en un sabotage.

En effet,  les trois minutes octroyées généreusement à l’opposition, dans  »l’Édition Spéciale élection » se résumait à un plan large de la réunion et quelques phrases hachées des différents orateurs donc forcément dénaturées. Cela frisait le ridicule.

La plupart du temps, pour ne pas dire quotidiennement, le journal télévisé se limite intégralement à l’activité présidentielle. Il n’est pas surprenant pour ceux qui subissent le déroulement du journal télévisé, de voir de longues minutes sans commentaires, comme au temps des films muets…

En effet, les journalistes de différentes rédactions, journal écrit, agence de presse,  radio et télévision ne produisent rien sur les informations locales : ils reçoivent  du cabinet présidentiel les textes à lire et à imprimer.

Il n’est pas étonnant que les Djiboutiens suivent les radios et télévisions étrangères.  Cela agace prodigieusement le pouvoir. Il fait régulièrement des tentatives auprès des médias étrangers et particulièrement des chaînes qui diffusent des informations en langue somalie : BBC de Londres et VOA de Washington. Il se murmure que les  journalistes de ces différentes radios seraient approchés régulièrement par des émissaires  gouvernementaux afin de  monnayer un contenu bienveillant pour le pouvoir en place… Quant à RFI, (Radio France International) … Le pouvoir ne s’est pas gêné pour fermer purement et simplement son relais pour la région de la corne d’Afrique.

Jusqu’à présent, le gouvernement ne montre pas la moindre ouverture dans le domaine des médias, bien au contraire, il refuse toute demande de création d’un journal ou d’une radio indépendants. Il n’est donc pas étonnant que notre pays se loge au 167ème rang  du classement mondial de « Reporters Sans Frontière ».

Pourtant le gouvernement de Djibouti a légiféré dans ce domaine en créant il y a 20 ans une Commission Nationale de la Communication.

Je vous lis le texte de la Constitution à ce sujet :

 » La Commission Nationale de la Communication est une autorité indépendante prévue par la loi n°2/AN/92 2ème L du 15 septembre 1992 relative à la liberté de la communication. La liberté de communication est garantie par la Constitution et, est définie par l’article 3 de la loi susvisée: « La liberté de communication est le droit, pour chacun de créer et d’utiliser librement le média de son choix pour exprimer sa pensée en la communiquant à autrui, ou pour accéder à l’expression de la pensée d’autrui. Le citoyen a le droit à une information complète et objective, et le droit de participer à l’information par l’exercice des libertés fondamentales de pensée, d’opinion et d’expressions proclamées par la Constitution. La Commission Nationale de la Communication est chargée de veiller au respect du pluralisme de l’information ».

Impressionnant, n’est-ce pas? Cette commission n’a jamais été constituée.

Dans ces domaines concernant les Libertés, le gouvernement rédige des lois qui ne seront jamais appliquées. Autant de belles paroles, de beaux textes inspirés … pour maquiller les offenses quotidiennes à la démocratie. Comme nous sommes nombreux à le constater, la situation empire depuis l’élection détournée du 22 février dernier. Au-delà des atteintes à la Liberté de la presse, ce sont les Droits de l’Homme qui sont gravement bafoués.

Sur place, il est difficile et dangereux pour les Djiboutiens de lutter directement. Les mesures d’intimidations sont fréquentes et les portes de la prison de Gabode s’ouvrent facilement pour ces hommes qui se lèvent pour s’opposer, protesté … Voire seulement pour s’exprimer. Voire seulement pour démontrer leur amitié et apporter leur soutien.  Oui, il existe un délit d’amitié à Djibouti …

Les détentions arbitraires sont monnaie courante et comme le dénonce l’ODDH dans son communiqué de presse du 19 mai dernier, certains prisonniers ont été  « soumis à un traitement inhumain et dégradant dans des conditions extrêmes. » Un certain nombre de personnes ont été refoulées à l’aéroport de Djibouti. Il leur a été interdit de quitter le pays. Une liste d’une centaine de personnes ainsi privées de sortie de territoire aurait été établie par le pouvoir. Voilà l’état des lieux.

La situation se détériore, il convient de nous mobiliser davantage et nous en sommes conscients. Conscients et déterminés. Quelles sont nos forces et quels sont nos outils pour combattre cette situation sur place et à l’extérieur de Djibouti?

Sur place, rendons hommage à l’ODDH, l’Organisation Djiboutienne des Droits de l’Homme qui œuvre depuis de nombreuses années. (1999) A Jean-Paul Abdi Noël en particulier, hélas décédé,  et aujourd’hui à son successeur, Farah Abdillahi Miguil.

Depuis déjà quelques années, des sites internet favorisent l’échange et la circulation de l’information. Le développement des réseaux sociaux comme twister et Facebook facilite cette démarche. Malheureusement, l’accès à Internet n’est pas encore à la portée de tous les Djiboutiens soit par éloignement géographique, soit pour des raisons culturelles et économiques.  Sans compter que la censure intervient également à ce niveau en privant sporadiquement Djibouti de connexions.

Nous constatons que, malgré la censure, malgré l’information manipulée, malgré les arrestations, les Djiboutiens expriment leur frustration et n’ont plus peur de réclamer le changement. A Djibouti, le vendredi* est devenu un jour dédié à la revendication. Les hommes et des femmes se retrouvent à la mosquée que personne ne peut encore leur interdire.

Ce phénomène inquiète à tel point le pouvoir en place que la présidence a convoqué les imams pour une réunion au cours de laquelle le contenu de leur prêche leur est suggéré… Il nous appartient d’envoyer à ces hommes et à ces femmes des manifestations de soutien. La diaspora d’Europe et d’Amérique du Nord, elle, se rassemble et s’organise, comme aujourd’hui à Nantes.

Nous allons constituer des groupes de travail thématiques, multiplier les réunions matérielles et immatérielles, participer à des Forums, tel que celui-ci pour contribuer à porter haut et fort la parole bâillonnée de nos concitoyens.

UDDS: Communiqué de presse

Logo de l'Union des Djiboutiens pour la Démocratie SocialeL’UDDS compte participer
aux élections présidentielles de 2016.

La vocation de l’Union des Djiboutiens pour la Démocratie Sociale est de prôner l’exercice effectif du pouvoir par les citoyens, dans la perspective d’améliorer leurs conditions de vie.
La vision  du Mouvement djiboutien pour la Démocratie sociale s’articule autour de 4 axes majeurs:

  1. La bonne gouvernance et la gestion transparente et efficiente des affaires de l’état,
  2. L’indépendance du judiciaire par rapport à l’exécutif,
  3. La réforme du système éducatif,
  4. Le développement du secteur privé

Réuni ce dimanche 20 mai 2013 lors d’une rencontre physique et par audioconférence, le Comité exécutif de l’Union des Djiboutiens pour la démocratie sociale (UDDS) a procédé à un survol de la situation de la Nation.

Indépendant depuis 1977, le pays n’a nullement progressé, rien ne fonctionne, l’improvisation et le système D permettent à la population de survivre.

L’économie est exsangue, l’éducation nationale sinistré et le système judiciaire dysfonctionnel  pour n’en citer que ceux-là.

Malgré un multipartisme proclamé, le parlement arbore une seule couleur, celle du parti au pouvoir.

L’Union des Djiboutiens pour la Démocratie Sociale appelle les djiboutiennes et les djiboutiens à rompre cet état de fait et à s’engager pour la démocratie sociale et prendre leur place. Nous invitons nos compatriotes à soutenir massivement l’Union des Djiboutiens pour la démocratie sociale (qui se fera bien connaître d’ici, là) lors des prochaines élections présidentielles de 2016.

Il est essentiel que chaque citoyen s’engage activement dans le processus démocratique, dans l’orientation des politiques et dans la prise de décision.

L’UDDS demande au chef de l’état de devenir l’artisan de la transition en ouvrant un vrai dialogue avec l’opposition  et en mettant en place rapidement une commission électorale indépendante dans l’optique des élections présidentielles.

L’UDDS condamne le hold-up électoral de février 2013 et demande la publication des résultats détaillés (bureau par bureau).

Engageons-nous pour la démocratie sociale car croire que c’est possible,
c’est déjà avoir fait un changement.

Farhan Hassan
Pour le Comité exécutif de l’UDDS
Ottawa, le 23 mai 2013.

UDDS: Communiqué de presse

Nous venons de recevoir en primeur un communiqué de presse d’une organisation nommée «Union des Djiboutiens pour la Démocratie Sociale». Ce communiqué sera suivi d’autres articles qui seront publiées dans les jours et les semaines à venir. Nous vous tiendrons de tous les développements de cette affaire. La rédaction.

UDDS: Communiqué de presse

UDDSLa vocation de l’Union des Djiboutiens pour la Démocratie Sociale est de prôner l’exercice effectif du pouvoir par les citoyens, dans la perspective d’améliorer leurs conditions de vie.
La vision  du Mouvement djiboutien pour la Démocratie sociale s’articule autour de 4 axes majeurs:

  1. La bonne gouvernance et la gestion transparente et efficiente des affaires de l’état,
  2. L’indépendance du judiciaire par rapport à l’exécutif,
  3. La réforme du système éducatif,
  4. Le développement du secteur privé.

QUI SOMMES-NOUS?

Nous sommes des djiboutiens qui ont pour objectif l’instauration d’une véritable démocratie sociale et la participation active de toutes les djiboutiennes et de tous les djiboutiens, sans execption aucune, à la vie publique. Nous demandons:

  • la libération immédiate des prisonniers d’opinion
  • l’ouverture d’un dialogue avec tous les opposants et les représentants   et représentantes de la société civile la garantie des libertés les plus élémentaires (opinion, presse, association…)
  • l’égalité de tous les djiboutiennes et djiboutiens quelque soient leur race, leur origine ethnique, leur religion face aux institutions républicaines.

Engageons-nous pour la démocratie sociale car croire que c’est possible, c’est déjà avoir fait un changement.

Les membres fondateurs (*)

(*) Celles et ceux qui nous ont envoyé le présent courrier nous ont promis de nous donner les noms de certaines personnalités qui font partie des membres fondateurs de cette nouvelles organisation. Toutefois, pour des raisons évidentes de sécurité, les noms de certaines personnes résidant à la mère patrie ne seront cependant pas publié.

Me Aref: Caniche de la dictature ou bouffon écervelé?

CourrierCet  article nous a été envoyé par un lecteur du nom de Mohamed Qayaad. Son contenu n’engage aucunement la redaction de  Djiboutii.net.

L’ambition fait accepter à certains hommes ( ou qui pensent l’être ) les attitudes les plus lâches et les gestes les plus vils, c’est ainsi qu’ils espèrent gravir les marches de la vie de la même manière que l’on rampe, sans dignité aucune. La chambre de Me Aref frappe par son dépouillement. C’est là qu’il dort ou se repose.

A présent, il s’ennuie. Sa défense me paraît fade, insupportable somme toute. Un Aref démodé, décadent, qui n’étonne plus, poseur mondain, un apprenti sorcier ampoulé. Peut-être. Le style? Trop limpide pour faire date, bon pour les manuels scolaires. Il s’affiche avec force comme différent, par son comportement, sa manie. Il fut fréquemment ridiculisé, montré du doigt par son ex- bourreau IOG. Il est pour lui-même son principal centre d’intérêt et il ne s’aime pas. Lui qui dit ne pas s’aimer ne fuit jamais l’objectif, dans toutes les tenues, avec ou le regard au loin, badin ou sévère. Qu’est-ce qui le (Me Aref) fait le plus peur? Les chiffres ou la réalité d’actes jusqu’alors cachés car trop honteux à dévoiler ou à reconnaître? Depuis que le silence s’est levé sur l’horreur de ces agressions sur le porte parole de l’USN Daher Ahmed Farah “DAF”, le nombre de cas révélés par les écrits de la presse internationale ne cesse d’augmenter. Il a bien du mal à faire taire ce qui risque d’entacher son honorabilité et sa crédibilité. Avez-vous réfléchi au pourquoi un agresseur choisissait telle victime plutôt que telle autre? Avez-vous remarqué que souvent ces mercenaires (Elmi Jees, Abdillahi Abdi , Hassan Said et leur commanditaire IOG. ) rejouaient avec leur victime la même scène qu’eux-mêmes, enfants, ils avaient subie? Est-il acceptable de penser qu’un agresseur puisse attendre de sa victime le « NON » qu’il n’a jamais pu dire, dans le même contexte de violence? En tout cas, ce ne sera jamais à l’aide de chiffres et de statistiques que la problématique d ‘Aref se résoudra. C’est vraiment scandaleux. Me Aref est à blâmer pour sa négligence et son irresponsabilité est la cause principale de la recherche du mensonge.De même, on note une plus grande « agressivité » chez lui que chez ses détracteurs: et pour cause, il a besoin d’en montrer bien plus qu’eux, pour oser être un intellectuel terroriste – outre le fait qu’à comportement agressif égal, si l’on peut dire, un homme passe pour un furieux là où une femme est vue comme dynamique et entreprenante. Il y avait là de quoi choquer plus d’un bien-pensant.

Au contraire, il fut honoré, respecté, décoré, comme protégé par son pseudonyme magique.Au-delà des frasques mercantiles de Me Aref, la question est donc d’interroger, dans son combat d’arrière-garde, la part de l’authentique et de l’inexorable. Un vieux pitre délabré absent de lui-même et qu’on roule à son tour dans la farine comme il en a fourni lui-même la recette. Tous (les djiboutiens (nes)) ont leur part dans la farce macabre de ces derniers jours. On spécule sur ses nombreux revirements testamentaires.

D’après ses interventions sur la RTD, Me Aref n’est déjà qu’un fantoche bien avant de devenir malade, produit mécaniquement des autopastiches lucratifs, mais ne crée plus, n’invente plus, ne fait que se maintenir à peu près à la hauteur clownesque où il s’est hissé publiquement. Aussi bien qu’il répète sur RTD, avec cette diction caricaturale devenue un poncif pour ses imitateurs: « Je suis fou d’IOG !  » Pourquoi pas? Il a écrit de nombreux et fumeux ébats devant des auditoires épatés d’avance, venus voir le maniaque narcissique grisonnant faire son numéro sur le bizarre à la portée de tous, prestations pour lesquelles il prend soin de chausser des chaussures trop petites qui le meurtrissent (« Dans mon cas personnel, la souffrance physique [comme le mal de dents] accroît et fortifie la manie oratoire »). Et alors? A qui la faute, à Aref ou à l’époque? Une grande opération alchimique s’est réalisée, certes, mais dans quel sens? Car il y eut un temps de prodiges pour lui, sans quoi on n’en parlerait même plus. Je veux me prouver que je ne suis pas le Me Aref mort, mais le vivant. Comme dans le mythe de Castor et Pollux: en tuant mon ex-bourreau, j’ai gagné pour moi l’immortalité », écrit-il. Sa phobie de la vérité devient préoccupante, un motif de raillerie pour ses condisciples. C’est la période où il élabore sa théorie « paranoïaque-critique », qu’il définit comme une « méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’association interprétation-critique des phénomènes délirants ». Son combat d’arrière-garde découle de cette méthode, exprimant son architecture de fantasmes et de phobies sur le mode d’un rébus d’images librement associées, avec un soin du détail, une application dans le trompe-l’œil, qui rassurent les collectionneurs les moins aventureux. On peut détester Me Aref. Mais qu’on le veuille ou non, on ne peut plus imaginer le visage et les couleurs de Djibouti sans lui. Il abandonne la réalité pour la fiction, pour glisser vers le style de vie artificiel, il était prévisible que les esthétiques fusionnent. Au détriment de qui? De l’art, qui devient « la simple scène du spectacle ».

Faute de pouvoir être, le paraître fait bien l’affaire! Aref symbole et martyr d’une expérience étrange, unique, poursuivie avec une opiniâtreté folle ou géniale. D’une extravagance inspirant un mepris mêlé d’effroi. On connaît les abîmes qui succèdent à de tels envols : quand sa réplique paraît dans l’indifférence générale, il en fait une maladie nerveuse qu’on prend pour une rougeole. De cet éblouissement, il ne se relèvera pas, cherchant jusqu’à sa mort à la retrouver, en vain. Aref ne cessera plus de convaincre, sans jamais rencontrer le succès. La tentation du suicide le presse, à la mesure de la déception de sa vie virtuelle. Décidé à quitter la scène politique djiboutienne, il part pour une destination inconnue. Depuis des jours, il se drogue aux barbituriques, dont il avale des quantités excessives, dans l’espoir de retrouver, sa gloire perdue. Les djiboutiens feignent de ne pas s’en étonner. Ils sont habitués aux frasques d’Aref, en ont déjà vu d’autres. Sans doute lui sont-ils aussi reconnaissants d’aérer de ses caprices spectaculaires le conformisme de leurs propres vies. De quoi frapper les imaginations et laisser de longs souvenirs. Aref se trouve, dans le même état de perdition humaine, peut-être à peine plus désespéré, et ne trouve pour satisfaire son besoin de reconnaissance que le recours à la folie meurtrière. Une autre façon de faire parler de soi et de se retrouver à la une de la presse internationale. ll me paraît évident qu’il s’est volontairement précipité dans cette mascarade confondant l’estime de soi avec l’estimation de soi. Il y a donc méprise. Il ne s’agit plus de l’être humain et de sa dignité, mais d’une mise aux enchères de personnes en tant qu’objets exposés avant la vente. Ce chaos, personne ou presque jusqu’ici ne voulait le nommer, de peur peut-être, d’être accusé d’obsolescence. À présent, on peut le dire: « Le roi est nu ! ». (Et il faut une grande malhonnêteté intellectuelle pour prétendre le contraire). Liberté, que de crimes nous commettons en ton nom !Je pourrais poursuivre la litanie, elle est accablante.

Mais cela suffit. Doit-on, par tant, s’étonner si Aref, en particulier, comme les Djiboutiens en général, ont le sentiment que Mohamed Qayaad est fort mal placé pour arbitrer entre les deux parties? Qu’est-ce que c’est que ce pouvoir mortifère qui se complaît dans les assassinats des djiboutiens(nes) et, qui justifie l’inacceptable jour après jour avec une outrecuidance criminelle et qui a l’infâme arrogance de nous traiter de je sais quoi quand on ose timidement protester contre cette conduite indigne? Qu’est-ce que c’est que ce Aref hypocrite qui manie avec tant de virtuosité le bouclier de l’anti-Moi quand on veut juste lui rappeler que depuis quelques jours, il reproduit à dose homéopathique l’horrible injustice dont il a souffert? Je suis farouchement anti-Aref. Je ne suis en rien anti-Moi. Selon les dires de Me Aref, DAF sera assassiné par ses clients ripoux. Ainsi, de deux choses l’une : ou bien Aref veut diaboliser DAF, ou bien, d’une façon plus sinistre encore, Aref a-t-il eu une sorte de lapsus freudien, trahissant par là le fait qu’il est parfaitement au courant des circonstances de la mort probable de Daher Ahmed Farah. Chose inacceptable et condamnable!

Ces propos sont scandaleux! Car il est impensable aujourd’hui qu’un juriste puisse lancer un appel au meurtre.Question fondamentale, non pas pour pleurer sur nous-mêmes, mais pour trouver le moyen de sortir de ce monde absurde que nous avons engendré. Peut-être devrions-nous nous réjouir de voir Me Aref, somme toute relativement inoffensif, offrir une échappatoire ludique au sentiment d’insignifiance éprouvé par la jeunesse moderne. Car n’est-ce pas l’indécence suprême, à l’heure où se jouent tant de drames humains à travers la planète. Car tout ceci est ridiculement marginal, terriblement dérisoire, et sans la moindre importance humaine ou culturelle. Cette célébrité de pacotille où l’insignifiance intellectuelle le dispute à l’égotisme le plus débridé ne changera pas la face du monde, et ne laissera fort heureusement aucune trace dans l’histoire.

Mohamed Qayaad

Manifestions de Londres

USNMESSAGE DE REMERCIEMENT DE L’USN AUX MANIFESTATIONS DE LONDRES

Au nom de  l’Union pour le Salut National – à l’Etranger, je tiens à adresser mes sincères remerciements à tous mes Compatriotes vivant Royaume-Uni et en Europe et à tous les autres Démocrates non-Djiboutiens venus participer nombreux aux deux manifestations organisées le 7 et le 8 Mai 2013 à Londres, contre la venue d’Ismail Omar Guelleh.

Par votre engagement à cette action vous avez démontré votre détermination pour soutenir votre peuple dans ce bras fer que lui impose la dictature. Une dictature qui l’a spoliée une fois encore de sa victoire aux législatives de février dernier et qui continue à réprimer, en emprisonnant nos leaders politiques et les manifestants pacifiques qui les soutiennent, journellement sur le terrain à Djibouti.

Votre lutte à l’extérieur du pays est pour nous d’une importance capitale contre la Dictature tueuse et ennemie de notre peuple. Nous devons, à chaque déplacement du Dictateur ou de ses représentants, nous mobiliser pour dénoncer et montrer ainsi au monde entier les crimes et autres actes inhumains qui se déroulent dans ce petit pays depuis des décennies.

Si notre hardiesse a mis en échec tous les objectifs de sa visite à Londres à la tête d’une forte délégation, il nous appartient désormais de le poursuivre partout et ce, jusqu’à ce que soit:

  • restitué la victoire du peuple,
  • restauré l’Assemblée Légitime,
  • libéré tous les prisonniers politiques et sans condition aucune,
  • instaurer l’état de Droit et le respect de la personne humaine sans oublier la Démocratie véritable à Djibouti.

Grâce au travail sérieux et responsable du Comité de Soutien de l’USN-UK et des Représentants et Cadres de l’USN, les actions de Londres ont été d’une réussite parfaite. Nous lançons un grand Bravo aux organisateurs de ces deux journées d’actions et encourageons tous les Comités de Soutien d’Europe, d’Amérique du Nord et d’ailleurs à mobiliser davantage jusqu’à l’aboutissement de notre victoire sur la Dictature.
En un grand Bravo à vous tous. La lutte continue…

Vive l’USN,
Vive la République de Djibouti Unie et Démocratique.

Londres, le 12 Mai 2013
Pour l’USN Extérieur.
Mahdi Ibrahim God

La mascarade électorale des législatives à Djibouti et la validation franco-européenne

La mascarade électorale des législatives à Djibouti et la validation franco-européenne

Régis Marzin, article pour Tribune d’Afrique du 12 mai 2013
Les mascarades électorales dans les dictatures en Afrique sont si nombreuses, qu’elles n’étonnent plus personne. La fraude est d’ailleurs consubstantielle de la dictature. Un dictateur tient le pouvoir par la répression et pas par les urnes, par définition. Pour coopérer avec des régimes non-démocratiques pour protéger des intérêts, les puissances démocratiques, n’ont pas le choix : il faut bien souvent faire semblant que les dictatures n’existent pas.

Des dirigeants européens oublient parfois que la démocratie ne s’explique que par l’existence de son contraire. Par ailleurs, l’organisation des scrutins devient nécessaire pour continuer à participer au concert des nations sans être stigmatisé et rejeté. La mise en œuvre de la falsification, de la théâtralisation, et de la validation externe des fraudes s’est donc installée depuis 20 ans dans les us et coutumes.
Cependant, la démonstration des fraudes est indispensable, parce qu’il y a plusieurs type de fraudes, parce qu’une partie des régimes ne sont pas encore pleinement installée dans la dictature durable, et qu’une partie des régimes dictatoriaux s’assouplissent et connaissent des progrès à considérer. Le type de fraude caractérise aussi le type de dictature. Une majorité des régimes concernés, les plus durables, sont capable de créer des fausses oppositions, de corrompre des oppositions, pour n’avoir aucune opposition valable le jour d’un scrutin. Le Togo et Djibouti sont des exceptions dans le fait que les oppositions soient correctement organisées et suffisamment unies pour vaincre électoralement un dictateur et son parti. Pour rester en place, le tyran n’a pas le choix que d’inverser le résultat et de réprimer. Il doit aussi s’assurer que des observateurs extérieurs ne viendront pas contester l’inversion du résultat. C’est ce qu’à brillamment réussi Ismaïl Omar Guelleh avec les législatives du 22 février 2013.
La préparation de la fraude s’est basée sur le système dictatorial en place. Par exemple, des espions du régime surveillent la population au quotidien et l’empêchent de soutenir l’opposition. Une sanction habituelle est de perdre son travail. Le peuple djiboutien a beaucoup espéré ajouter son wagon au train du printemps arabe, alors, Guelleh a interdit toute manifestation du printemps 2011 au 22 février 2013, allant jusqu’à tirer sur des manifestants. Le dernier mort avant le scrutin datait de janvier 2013. Certains partis politiques ont été interdits ou délégalisés (MRD, Model, RADD)[1].
Quelques semaines avant les législatives, l’opposition unie, l’Union pour le Salut National, ne savait pas si l’armée ne tirerait pas de nouveau à la première contestation. Reporter Sans Frontières a parfois du mal à trouver des exemples de journalistes pour illustrer l’absence de liberté de la presse [2]: il est quasiment impossible d’être journaliste à Djibouti. Le gouvernement soutient quelques media médiocres qui se recopient les uns les autres. Des media résistent sur internet difficilement et avec du retard sur les autres pays d’Afrique.

Avec la création d’une nouvelle coalition fin 2012, l’Union pour le Salut National, l’opposition s’est unie au maximum ou presque avec comme priorité d’installer de chasser le clan de Guelleh au pouvoir depuis 1999. Pour affaiblir ses adversaires, le président a mis en place une stratégie diplomatique et de propagande dont les divers points ont plus ou moins fonctionné, mais ont été suffisants pour permettre le ballet théâtral de la caution extérieure.
Il a essayé de jouer avec la peur de l’Islam des occidentaux en mettant en place un double jeu soutien-répression des partis les plus islamiques. Il a diversifié les relations diplomatiques avec de nombreux pays, y compris la Chine qui l’a soutenu en particulier au travers de l’agence de presse Xinhua, pour montrer qu’il ne dépendait pas de l’Europe et des USA. Surtout, il a fait valoir les intérêts occidentaux au niveau militaire en favorisant l’utilisation de Djibouti dans le traitement européen de la crise somalienne. Sentant la faiblesse de Hollande et sa dépendance aux militaires au moment de l’intervention au Mali, il a, comme bien d’autres, signalé son soutien.
Le type de scrutin des législatives de Djibouti semble avoir été inventé pour permettre les fraudes. La différence entre une présidentielle et des législatives, c’est que dans une présidentielle, il y a centralisation maximale des résultats et donc fraude maximale possible pendant le transfert et le rassemblement des résultats par les services de l’Etat. Dans des législatives classiques, la fraude est plus difficile. C’est pourquoi, le scrutin de liste majoritaire à un tour est utilisé à Djibouti. Un scrutin de liste majoritaire ou scrutin majoritaire plurinominal de listes de partis est un système de vote par liste.
Chaque parti propose une liste et l’électeur choisit une liste. La liste ayant obtenu une majorité de voix obtient tous les sièges. Cela oblige à passer par le Ministère de l’intérieur qui rassemble les résultats de plusieurs circonscriptions pour désigner le parti qui arrive en tête et gagne plusieurs députés. Les seules élections pluripartites, depuis l’indépendance s’étaient déroulées en 2003, avaient déjà été fraudées de cette manière : l’opposition unie (UAD), avait obtenu plus de 50% des voix, son score avait été rabaissé à 40% des voix et le régime s’était attribué la totalité des sièges. Aucune revendication n’étant acceptée, les élections suivantes avaient été boycottées, et, une grande partie des leaders s’étaient exilés.

Pour l’élection de 2013, il était évident qu’il se préparait une nouvelle inversion de résultat. L’opposition tablait sur la contestation y compris juridique pour obtenir des avancées et un affaiblissement du régime. L’enjeu réel était aussi dans le rapport de force à créer dans la rue et à l’international, entre contestation et répression. Pour donner le change, Guelleh avait consenti une dose de 20% de proportionnelle, qui permettait d’estimer qu’il lâcherait 10% d’élu-e-s à l’opposition. C’est exactement ce qui ressort du résultat officiel. Cela lui permet d’argumenter dans le sens d’un progrès vers la démocratie.
Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius a donné son avis définitif fin avril : « La France est attentive à ce que l’opposition ait un droit d’expression garanti, et à ce qu’elle ne fasse l’objet d’aucune menace ou intimidation de la part du gouvernement, ayant toujours estimé qu’il était préférable qu’elle participe à ces élections pour mieux se faire connaître auprès des Djiboutiens et contribuer de manière positive à la vie démocratique. La France poursuivra auprès des autorités djiboutiennes comme auprès de l’opposition le travail d’accompagnement vers la démocratie. »[3] 10% d’élu-e-s au lieu de 0% ne montre pas un engagement vers la démocratie, mais facilite un jugement plus positif des diplomates. Malgré des efforts certains dans cette réponse au député écologiste Noël Mamère, Laurent Fabius ne s’inquiète que trop peu de l’inversion du résultat.
Au moment du scrutin du 22 février 2013, il n’y a eu guère de doutes possibles sur l’inversion des résultats. Le 9 mars 2013, le comité de soutien à l’USN en France avait écrit une lettre ouverte à Laurent Fabius pour lui préciser le mode opératoire [4]: « Le jour du vote, le gouvernement djiboutien a employé la violence pour expulser les délégués USN des bureaux de vote. De nombreux bourrages d’urnes ont été observés, particulièrement dans les régions du nord (Obock, Tadjourah), du sud-est (Dikhil) et du centre (Arta). Pour la région d’Ali-sabieh et de Djibouti-ville, selon les résultats constatés par l’USN dans les bureaux de vote, la victoire de l’USN est sans appel avec 55,81% des voix contre 41,55% à l’UMP et 2,64% au CDU.

Dans la soirée du 22 février, au quartier général de l’UMP, la déconvenue était visible. Une équipe de journalistes de la Radio Télévision de Djibouti (RTD) s’est rendue au quartier général de l’USN et a constaté la joie du peuple de Djibouti. De hauts responsables de l’Etat ont commencé à congratuler des dirigeants de l’USN qu’ils ont croisés dans les couloirs du Ministère de l’intérieur. Ces résultats sortis des urnes et connus de tous, ont ensuite été manipulés au ministère de l’intérieur et tard dans la nuit, aux environs de deux heures du matin, la RTD a égrené les résultats de 124 bureaux de vote de la ville de Djibouti. Les résultats de quarante et un d’entre eux ont été changés. Dans dix-neuf bureaux de vote, les fraudeurs ont inversé les scores en attribuant les chiffres de l’USN à l’UMP et vice versa.
Dans quinze autres bureaux, les scores de l’UMP ont été tout simplement majorés. Enfin dans les sept bureaux restant, les suffrages de l’USN ont été réduits tandis que les nombres des voix en faveur de l’UMP ont été augmentés. Au petit matin, à 5 heures, les journalistes de la RTD ont interrompu leurs annonces et ont cédé l’antenne au ministre de l’intérieur. A la grande stupeur de tout le monde, le ministre de l’intérieur a prononcé le résultat en accordant la victoire de Djibouti ville à l’UMP avec 49,39% de voix contre 47,61% de voix en faveur de l’USN et a crédité le CDU de 2,98% de voix. » L’opposition est la seule à avoir publié des résultats détaillés par bureau de vote, dans son recours au Conseil constitutionnel, le 28 mars[5]. Ce même Conseil constitutionnel le 13 mars s’était contenté de résultat par circonscription[6].

L’inversion des résultats n’aurait pas été possible sans la complicité d’acteurs extérieurs. Les premiers à être intervenus sont des institutions pas spécialement en faveur de la démocratie. Une observation trop peu étendue a été organisée par l’Union Africaine, la Ligue Arabe, l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) et l’Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD). La combine principale était de n’observer que d’une partie du processus : les observateurs complaisants se sont contentés de commenter le déroulement dans une partie du pays et dans les bureaux de vote, alors que l’inversion du résultat s’est faite en aval au Ministère de l’intérieur. L’arrangement était évident dès le 25 février[7].
Pour la suite, Guelleh devait éviter que des chancelleries occidentales ne viennent dénoncer l’inversion du résultat. Le 4 mars, l’ambassadeur de France, René Forceville, a été cité dans les media du gouvernement sans possibilité de retrouver l’intégralité du discours et sans que la diplomatie française ne prenne ensuite la peine de démentir et de dénoncer la validation par citation. Il aurait, selon les media du pouvoir, déclaré le 4 mars qu’il n’y avait pas eu de fraudes visibles dans les bureaux de vote[8], ce qui était vrai uniquement pour les grandes villes et ne tenait pas compte de la fraude à la publication des résultats.
Pour l’Union européenne, le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine‎ Ashton, a demandé le 12 mars de « procéder à une publication rapide et transparente des résultats du scrutin »[9] et de faire des recours par voix juridique. Elle oubliait habilement d’exiger le détail par bureau de vote. Le Conseil constitutionnel s’est contenté de publier les résultats par circonscriptions, sans détail par bureau de vote, et a refusé les recours pour des raisons obscures.
Ainsi, ni la diplomatie française ni la diplomatie européenne n’a critiqué l’irrespect des normes internationales et n’a condamné l’inversion du résultat. Les discours sur les droits humains, pour la libération des opposants, certes importants, ont pris le relais, sans rien impliquer d’essentiel.
Cette validation implicite franco-européenne d’une mascarade électorale s’est faite alors qu’aucun des 2 acteurs n’était responsable de l’ensemble du processus électoral[10]. La reprise immédiate de la coopération militaire a souligné l’indifférence franco-européenne pour la démocratisation de Djibouti. Le 4 mars 2013, du secrétaire général adjoint du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Maciej Popowski, est arrivé pour faire le point sur les élections législatives, alors qu’il est responsable pour le SEAE « de la politique de sécurité et de la prévention des conflits », de questions militaires, sans aucune responsabilité sur les processus électoraux. Dès le 10 avril, la marine française et la marine américaine reprenaient les exercices avec l’armée djiboutienne[11].
L’Union européenne teste actuellement ses capacités d’intervention collective dans la lutte contre la piraterie en Somalie et dans la formation de l’armée malienne. Au niveau européen, l’enjeu est important et historique. Après la rédaction d’un Livre Blanc sur la Défense à Paris, suite à l’intervention au Mali, les lobbies militaristes français essayent de pousser l’Union européenne vers un débat sur la politique européenne qui serait très influencée par les intérêts industriels et militaires. Malheureusement, les problématiques de défense en France et en Europe sont venues éliminer les espoirs des djiboutiens de ce côté-là aussi. Les démocrates djiboutiens n’attendaient pas de l’Etat français et de l’Union européenne qu’elle lui permette de faire partir Guelleh, elle attendait un soutien de principe à la démocratie et non pas au dictateur.
La répression a été féroce depuis le 22 février. Les associations de droits humains très actives sur Djibouti ont dénombré au moins 6 morts entre le 22 février et le 18 mars[12]. De nombreux opposants ont été arrêtés arbitrairement. Bien que la plupart ait été libérés, plusieurs restent enfermés dans des conditions difficiles. Début mai, sont enfermés Daher Ahmed Farah dit DAF, président du Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) et porte-parole de l’USN[13], et 3 leaders de l’USN, Barkat, Bachir et Meidal, qui en sont à plus de 2 mois de prison.
Les défenseurs des droits humains sont aussi très menacés. Les voyages à l’étranger des chefs de l’opposition sont actuellement empêchés[14]. Les députés de l’opposition ont décidé de ne pas siéger au parlement désigné par le gouvernement. Ils ont au contraire choisi de mettre en place un autre parlement malgré la répression et la peur qui empêche plus de soutien de la population, et malgré les risques de délégalisation de nouveaux partis politiques.
Aujourd’hui, les discussions semblent continuer sans transparence avec les chancelleries et seule la diplomatie américaine semble aujourd’hui plus critique. Fin avril, Djibouti a passé à Genève, l’Examen périodique universel (EPU) sur les droits humains[15] qui a mis en exergue, tortures, répressions, et absence de liberté de la presse.
Après la période de crise électorale, une lutte de plus longue haleine s’engage qui dépendra beaucoup de la capacité de l’opposition à garder une certaine ‘unité’. Il est difficile de dire si l’opposition djiboutienne entre en 2013 dans un processus similaire à ce qu’ont connu des démocrates togolais quelques années plus tôt. Bien qu’elle jouisse du soutien de la population, elle semble manquer de moyens et d’expérience. Malgré les ambigüités des derniers mois, une étape importante a peut-être été franchie pour sortir du cercle vicieux de la contestation, de la répression et de la peur. La dictature djiboutienne étant construite sur le modèle de la dictature tunisienne, sans soupape et sans compromis, des améliorations pourraient apparaître mais le chemin vers la démocratie et l’alternance sera encore long et sinueux.
Régis Marzin, 8 mai 2013, article pour Tribune d’Afrique du 12 mai 2013

Djibouti « Le silence du gouvernement français est indigne ! »

Djibouti « Le silence du gouvernement français est indigne ! »
Source : SURVIE, Publié le 4 avril 2013 par Abdourahman A. Waberi, Ali Coubba, Raphaël de Benito

Abdourahman A. Waberi est écrivain, actuellement professeur de littératures et cultures françaises et francophones à George Washington University aux Etats-Unis). Ali Coubba est docteur en histoire contemporaine et auteur de “Djibouti, une nation en otage”. Ils réagissent à la violente crise politique qui secoue Djibouti.
Billets d’Afrique : Où en est la contestation un mois après le scrutin législatif contesté ?
La contestation se poursuit sans perdre de sa cohérence ou de sa véhémence. La rue djiboutienne ne décolère pas. Sur le plan politique, la coalition USN (Union pour le salut national) garde le cap. Les semaines précédentes, des manifestations épisodiques se sont déroulées devant le palais de justice pour protester contre les arrestations et condamnations en catimini des opposants ciblés par les forces de l’ordre. Une justice téléguidée par le palais présidentiel tente de neutraliser les responsables de la société civile. Plus fortement suivies, les manifestations de masse, après la prière générale du vendredi midi, impressionnent le pouvoir qui pensait que le mécontentement populaire allait s’essouffler une fois les « meneurs » jetés en prison et sévèrement condamnés à un emprisonnement allant de deux à douze mois, avec privations de droits civiques pour deux ou trois d’entre eux. Quatre à six semaines plus tard, le caractère bon enfant et déterminé déconcerte également le pouvoir dictatorial qui a sombré dans le mutisme. Ses partisans semblent comme tétanisés.
Tout le monde se rend compte maintenant que la contestation à Djibouti a un caractère inédit. Côté pouvoir, on privilégie répres­sion policière et intimidation. Or, les arrestations de masse opérées par le régime, un peu plus de 600 hommes, femmes et enfants, ont été jetés en prison entre le 23 février et le 28 mars 2013, restent sans effet. La rue est toujours bondée les vendredis midis. En dépit de la campagne de licenciement ayant visé es fonctionnaires sympathisants de la coalition USN, en particulier ceux qui se sont présentés aux bureaux de vote en tant que délégués de l’opposition, la tension ne baisse pas d’un cran. Bien au contraire.
Sur le plan politique, après avoir procédé à tous les recours possibles, les élus de la coalition USN refusent non seulement de siéger dans la nouvelle assemblée fantoche mais sont en train de mettre en place une nouvelle assemblée beaucoup plus conforme aux choix des électeurs.

Mais le plus intéressant pour nous, c’est de faire un autre constat. Avant, le peuple djiboutien faisait le jeu du pouvoir et se complaisait à être victime et bourreau, jeu sinistre qui allait finir par le détruire. Heureusement, le schéma traditionnel d’une nation divisée, entre partisans de la dictature et opposants, est révolu.
Dans l’histoire de Djibouti, jamais le régime n’a été contesté à la fois par les populations du Nord, du Sud-Est, et de la capitale, dans un même mouvement de rejet. Il faut souligner qu’il est discrédité dans le milieu afar, depuis 36 ans.
Voir le discrédit de la part des autres composantes et surtout les populations somali qu’il croyait avoir à sa disposition, à la fois comme vivier électoral et comme « instrument » de répression à l’encontre de ses adversaires, a dû ruiner les dernières illusions au palais présidentiel. Notre seule inquiétude concerne les violences dont pourrait user le pouvoir contre les civils. Car toute violence gratuite contre la population risque de radicaliser les manifestants, de désorganiser les services publics et de provoquer le chaos dans la ville de Djibouti.
Abdourahman A. Waberi est né le 20 juillet 1965 à Djibouti Ville, dans ce qui s’appelait encore la Côte française des Somalis, l’actuelle République de Djibouti. Il quitte son pays en 1985 afin de poursuivre des études en France, d’abord à Caen, puis à Dijon et enfin à Paris. Écrivain, il a publié depuis une dizaine d’ouvrages, dont une trilogie sur Djibouti : Le pays sans ombre (Le Serpent à plumes, 1994), Cahier nomade (Le Serpent à plumes, 1996) et Balbala (Le Serpent à plumes, 1997), Passage des larmes (Editions Jean-Claude Lattès, septembre 2009). Résidant à Washington, il est actuellement professeur de littératures & cultures françaises et francophones à George Washington University (Etats-Unis).
Il semble que le processus voulu par la dictature se soit déroulé selon le schéma suivant : d’abord le vote visible dans les bureaux de votes des grandes villes, ensuite le rassemblement puis la publication des résultats par circonscriptions sans le détail bureau par bureau. Est-ce là que la fraude s’est jouée ?
Oui, si on se limite à la circonscription de Djibouti, c’est le scénario que vous décrivez qui a eu lieu. En effet, dans la capitale, le scrutin s’est déroulé dans des conditions de transparence que les délégués de l’USN n’ont pas contestés. La surprise est venue lors de la publication des résultats. Le score victorieux de l’USN a été attribué à la majorité présidentielle, parfois en majorant d’une manière arti­ficielle les résultats. Heureusement les délégués de l’USN avaient eu le bon réflexe de faire des copies de procès verbaux signés par les assesseurs. Par conséquent, l’opposition estime avoir remporté la majorité parlementaire dans la capitale et dans deux autres circonscriptions électorales, à Ali-Sabieh et à Arta. Ailleurs, à Tadjourah, Dikhil et Obock, il n’y a pas eu de consultation électorale.
D’après M. Aden Mohamed Abdou, un responsable de l’USN qui a fait un compte rendu détaillé du déroulement du scrutin dans une vidéo, les militaires – certainement sur ordre de la présidence inquiète de la tournure prise par la votation – ont empêché les électeurs de voter dans certains bureaux. Dans d’autres, les urnes pré-remplies ont servi à faire le décompte des voix. Ailleurs, les délégués de l’opposition ont été chassés de lieux de vote.
La publication de résultats par bureau de vote est pourtant le minimum requis pour une élection sincère !
D’habitude, le ministère de l’Intérieur publie le soir même de la consultation électorale les résultats de chaque bureau de vote. Donc, premier accroc à la tradition dénoncée aussitôt par l’opposition. Deuxième accroc, le Conseil constitutionnel a attendu deux semaines avant de parapher les résultats du scrutin parlementaire. Ce retard témoigne d’une inquiétude certaine au sommet de l’Etat. D’après la rumeur qui a circulé dans les allées du pouvoir, le président du Conseil constitutionnel, M. Ahmed Ibrahim, ancien ambassadeur de Djibouti en France, aurait refusé de cautionner des fraudes aussi flagrantes. Plusieurs jours ont été nécessaires pour ramener ce dernier à la raison… à coups de menaces et de chantage. On saura un jour ce qui s’est réellement passé.
L’ambassadeur de France a déclaré qu’il n’y avait pas eu de fraudes visibles dans les bureaux de vote. Est-ce vrai dans tous les bureaux de vote du pays ? Comment a t-il pu le vérifier ?
L’ambassadeur a dit qu’à sa connaissance le processus semble s’être déroulé convenablement dans les bureaux de la capitale.
Le propos sciemment vague, sans parler de la précaution diplomatique habituelle, ne dit rien sur cette élection. Tout juste, ce que les Américains appellent un « lip service » des plus gênés car les observateurs n’ont pu se rendre que dans quelques bureaux de la capitale triés sur le volet. De plus, dans cet entretien de moins de deux minutes, il n’a jamais parlé de scrutin, de décompte, encore moins de résultats chiffrés et pour cause.
Enfin, l’opposition a relevé des entorses à la loi électorale avant, pendant et après ce scrutin. Tout cela est documenté et disponible, notamment sur Internet. Pour mémoire, les entorses et les tripatouillages sont un sport national. En 2010, le président avait modifié la constitution nationale pour pouvoir briguer un troisième mandat illégal. Nous ne sommes pas à un viol anti-constitutionnel près à Djibouti.
Ali Coubba, né 1961 à Aïri-Tadjoura (Djibouti), docteur en histoire contemporaine et auteur de Djibouti, une nation en otage (L’Harmattan, 1993), Le mal djiboutien : rivalités ethniques et enjeux politiques (L’Harmattan, 1995), et Ahmed Dini et la vie politique à Djibouti (L’Harmattan, 1998), est connu pour son engagement politique et une critique acerbe faite du régime, à l’époque de la présidence de Hassan Gouled (1977-1999). Il a quitté son pays à la fin de l’année 1990, suite à des sévices corporels subis de la part d’un « escadron de torture » sous les ordres du chef de la police politique de l’époque, Ismail Omar Guelleh, l’actuel président de la République. En décembre 2004, il a créé un parti politique d’opposition, Uguta-Toosa, deux termes afar et somali signifiant « Levez-vous ! Défendez-vous ! ». Résident à Reims, il enseigne depuis plusieurs années dans un lycée professionnel à Epernay.
Quel est votre sentiment après la réaction a minima de la diplomatie française et européenne ?
Elle ne nous surprend pas. Le port de Djibouti est devenu un enjeu de première importance dans la région. Les intérêts géostratégiques, énergétiques et commerciaux, expliquent sans doute la frilosité de Paris. Le reproche peut être adressé, dans les mêmes termes, aux Etats-Unis et au Japon. Leur silence assourdissant en dit long sur la nature des relations diplomatiques entretenues avec Djibouti. Elles possèdent des zones d’ombre, peu recommandables. En revanche, nous sommes indignés par le silence du gouvernement socialiste qui n’accompagne pas maintenant la volonté de changement exprimée par la population. Maintenant que le rejet de la dictature ne fait plus de doute : ses électeurs « naturels » l’ont boudée. A ce stade, de nouvelles déclarations de Paris appelant au respect des droits de l’homme seront les bienvenues.
Ces chancelleries attendent peut-être que les manifestations acquièrent un caractère virulent et qu’il y ait mort d’hommes. A ce moment-là, la gestion de la crise deviendra difficile pour tous les protagonistes. En réaction et par dépit, les Djiboutiens pourraient conserver par la suite le sentiment d’avoir été trahis par Paris, Washington et Tokyo. Nous avons le précédent tunisien qui a durablement empoisonné la coopération avec Paris.
Plus que jamais se posera alors la question de « bases militaires étrangères » qui remettent en question la souveraineté nationale. La transition démocratique, comme on l’a observé dans d’autres pays, va de pair avec le nationalisme.
La France et l’UE préconisent un recours juridique tout en sachant que les institutions juridiques et constitutionnelles sont aux mains du pouvoir. Cela équivaut-il à une validation implicite ?
Bien sûr, nous sommes habitués à la langue de bois de la France et de l’Union européenne qui, en dernier ressort, préfèrent de loin le statu quo au changement de régime en Afrique ou ailleurs. La transition démocratique serait pour elles une période d’instabilité, non seulement dans le pays concerné mais aussi dans toute la région.
La valeur géostratégique de Djibouti, après les contagions provoquées par le « printemps arabe », incite encore à plus de réticence à aider les forces démocratiques. Mais ce serait une erreur de se voiler ainsi la face.
Pour l’instant, indépendamment de la nature du régime, la coalition USN joue la légalité et a déposé le recours auprès du conseil constitutionnel. Ce pouvoir étant au bout du rouleau, elle ne veut pas lui donner des prétextes pour tirer à balles réelles sur les civils.
Que pensez-vous des accusations du régime Guelleh dénonçant l’infiltration islamiste de l’USN ?
Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage. Ces accusations sont trop grossières et intentionnellement mises en scène par la dictature. Il faut savoir que la coalition USN est composée de six partis politiques dont seulement quatre sont légaux.
Le Mouvement pour le développement et la liberté (MoDel) qui a vu le jour en décembre 2012 et que le pouvoir a refusé de reconnaître, est soutenu par des membres de la société, des enseignants et des prédicateurs. Ce sont des activistes, des acteurs de la société et non des affreux terroristes comme le pouvoir s’évertue à les présenter. Quand l’un des trois prédicateurs visés travaillait avec le pouvoir, ce dernier abritait donc des terroristes dans son sein. Ce n’est pas très sérieux, le pouvoir tente de discréditer l’opposition démocratique qui se bat contre lui depuis 36 ans. Quant à l’islam, il représente les valeurs positives autour desquelles le peuple djiboutien (musulman à presque 100%) peut réaliser le consensus le plus large.
Outre la présence d’une importante base militaire française, le silence français n’a t-il pas été « acheté » par le nouvel activisme de Guelleh en faveur de l’intervention française au Mali ?
A la suite d’une élection parlementaire ou présidentielle dans le pré-carré, le silence des autorités françaises est une constante de leur diplomatie. Plaider pour plus de démocratie à Djibouti s’inscrirait dans une démarche positive. Il est vrai que la base militaire de Djibouti est un dispositif important dans la politique de défense française.
Dès qu’une crise frappe le continent africain, les troupes à Djibouti sont mobilisées. Nous espérons que dans un avenir pas trop loin les différentes composantes de Paris (Elysée, Quai d’Orsay, Bercy et le ministère de la Défense) parleront d’une seule et même voix. Ici comme ailleurs, l’exemple tunisien joue contre la stratégie (déni, aveuglement et répression). Avec un partenaire plus soucieux du sort du peuple djiboutien, ses intérêts géostratégiques seront mieux garantis qu’aujourd’hui.
Paris ne doit pas oublier que la base américaine a relégué à la seconde place la France. En outre, Iraniens et Turcs aimeraient disposer d’un pied à terre à Djibouti. La question de plus en plus sensible d’hydrocarbures acheminés par la mer Rouge (50% du total), la lutte contre la piraterie et le commerce maritime (15% du trafic mondial) passant par le golfe d’Aden, imposent une nouvelle approche diplomatique.
Un dernier mot sur la disparition de l’écrivain nigérian Chinua Achebe ?
Une immense perte pour tout le continent et pour le monde entier. Mais comme disait Birago Diop (1906-1989), le poète et conteur sénégalais, les morts ne sont pas morts. Il faut relire son magnifique poème spirituel (Souffle) qui date de 1948.
Propos recueillis par Raphaël De Benito

Faut arrêter les exactions à Djibouti.

GuellehCe samedi, les djiboutiens d’Ottawa se rassembleront devant la flamme du centenaire devant le parlement du Canada puis, devant l’ambassade des États-Unis d’Amérique de la rue Sussex pour soutenir les dizaines de leaders politiques et les centaines de simples citoyens emprisonnés depuis le hold-up électoral du 22 février 2013.  Les djiboutiens se rassembleront pour dénoncer le régime stalinien de Ismaël Omar Guelleh (IOG) et, pour rappeler leurs responsabilités aux leaders du monde libre car la situation qui prévaut à Djibouti ne doit laisser personne indifférent.

En effet, depuis le hold-up des dernières élections législatives, les manifestations populaires sont quasi-quotidiennes et le régime d’IOG, comme à l’accoutumée, règle le problème par la violence et la terreur.

Plusieurs exécutions extra judiciaires et des tirs à balles réelles sur des manifestants sans armes ont été signalées plusieurs fois et filmées. Les arrestations et les enlèvements touchant les leaders politiques et les tortures physiques ne se comptent plus. Tout cela a été dénoncé par les djiboutiens et par plusieurs média et organismes indépendants. Mais le régime en place depuis l’indépendance de 1977, lui, n’en fait qu’à sa tête.

J’écris ce court message parce que je ne serais pas de la manif. Je suis en déplacement dans la région de la ville de Québec.

Par ce court message je manifeste ma solidarité pleine et entière à toutes les victimes de l’arbitraire et toutes les personnes injustement détenues dans la sordide prison surpeuplée de Gabode. J’exprime ma solidarité à mon ami Daher Ahmed Farah. J’exprime ma solidarité à Abdourahman Barkat God, à Abourahman Bachir.

Par ce court message, j’exprime ma solidarité à tous les autres dignes djiboutiennes et djiboutiens qui croupissent sans procès dans les commissariats de police, les brigades de gendarmerie ou le sinistre «Centre de Transit» de Nagad pour avoir simplement exprimé leur opinion.

Par ce court message, je dénonce l’arrestation de Faissal Mohamed Hadi et l’intimidation de la famille du grand syndicaliste Farah Abdillahi Miguil (qui était à l’étranger au moment de la «descente»).

Quel homme saint d’esprit va terroriser une mère et ses enfants? C’est clair, IOG n’est plus saint d’esprit. Il vient de démontrer cela pour la énième fois. Quand le pays est endeuillé par de graves (et prévisibles et gérables) inondations et enterre ses morts, il vient de quitter le pays pour l’étranger pour vaquer à ses affaires personnelles, comme si de rien n’était. Est-il saint d’esprit?

Une chose est sûre. Contre lui, les djiboutiens sont déterminés à sauver leur pays du naufrage et le montrent chaque jour qui passe, au pays et à l’extérieur. Ils ont besoin du soutien de la communauté internationale pour éviter la somalisation de la situation.

Hassan A. Aden
hassan.aden@ncf.ca