Courrier des lecteurs.

CourrierÀ Djibouti, les jours se suivent et se ressemblent depuis les dernières élections. Le régime continue sa répression, une partie de l’opposition réunie sous la bannière USN (Union pour le Salut National) se fait du capital politique sur le dos des oulémas comme Béchir, God et Maidal, des leaders politiques comme Daher Ahmed Farah et des simples citoyens emprisonnés ou harcelés.

En tout cas, c’est la substance du courrier des lecteurs suivant que nous publions in-extenso. À souligner que l’auteur du courrier Hamdi Y. Warsama a une opinion très tranchée qui n’est pas forcément celle de la rédaction de Djiboutii.net. À lire avec les précautions d’usage.

Rien ne sera plus comme avant.

Il y a quelques jours un ami me demandait: «Toi qui étais toujours un opposant, pourquoi on ne te voit jamais aux manifestations? Pourquoi ne rejoins –tu pas l’USN? »
Je lui ai répondu par la fameuse citation somalienne: «Un ânon semble  plus beau que ses parents à sa naissance, mais deux après ce n’est qu’un âne.» A-t-il compris? Je n’en sais rien mais j’ai décidé de livrer le fond de ma pensée. L’USN est une coalition réunissant le Model, le PND, le MRD, l’ARD, Boreh et l’UDJ en gros.

Le Model

Rejoindre le MODEL m’aurait tenté même si je n’adhère pas aux idées des frères musulmans.  Avec eux, beaucoup de problèmes auraient été résolus et en premier lieu la peste tribale. Mais le simple fait qu’ils se sont mis avec l’USN m’a fait reculer. Faut s’associer au Diable pour arriver à ses fins? Je laisse les philosophes y répondre, pour ma part je vais vous livrer leurs colistiers.

Le PND

A tout seigneur, tout honneur, je vais commencer par Aden Robleh Awaleh (ARA) qui depuis 49 ans ne fait que trahir et pourtant il a toujours des clients. On ne le met pas en quarantaine. Ça ne fait c’est notre fils qui s’est trompé encore une fois. Quand  hier, Janaaleh (qu’Allah l’accueille dans son paradis) lui avait tiré dessus pour le tuer, s’il avait réussi il y aurait un crabe de moins et je n’ai pas parlé de son côté haineux et incitateur à la discorde.

BOREH

Ensuite vient Boreh. Vous êtes-vous demandé qui est Boreh? N’est-il pas l’associé du grand Parrain de la Cosa Nostra djiboutienne? N’est-il pas celui qui nous a détroussés. Celui qui, non content de dévaliser le pays, a ajouté l’insulte à l’injure en nous traitant des fainéants qui ne veulent pas travailler, nous privant ainsi des miettes. Oui, il est le frère, l’ami intime, l’égal  d’IOG.

Un proverbe somali dit : « Labada Adamaha u heshisey, dar Allah u colobaan.» (Ceux qui se liguent contre les pauvres gens finissent par s’entretuer.) Quand ils se sont disputés sur le partage et qu’IOG a eu le dessus, il se trouve une âme patriotique et veut chasser IOG pour venir au secours des pauvres djiboutiens. Y croyez-vous?

Où est-ce simplement pour prendre la place d’IOG et mieux nous extorquer ?
Mais ce qui m’étonne ne sont ni ARA, ni Boreh, mais c’est ceux qui les soutiennent, ceux qui les suivent. Est-ce simplement parce que c’est un membre de la tribu? Wow!

L’ARD

L’ARD de Ahmed Youssouf est un parti qui ne veut pas prendre le pouvoir mais être éternel second avec le principe d’un partage Issa-Afar. Le fameux 50/50 sur tout, de la femme de ménage au ministre. Je serai d’accord qu’il ait une certaine parité, une accommodation raisonnable entre Afar, Arabe et Somali, mais que ceci s’arrête au recrutement et que le meilleur soit placé pour le bien-être du pays.   L’ARD ne me dit RIEN n’étant ni Afar, ni Issa.

Le MRD. (ex PRD)

C’est le parti auquel j’ai adhéré il y a 20ans parce qu’il symbolisait le changement et l’avenir auquel j’aspirais. Malheureusement, le parti de feu Mohamed Djama Elabé (Que Le Tout Puissant l’accueille dans son paradis) a été dénaturé par son clan, les Fourlabas, en faisant de ce parti ouvert comme il l’a voulu, un parti fermé.

Hier, quand je militais au sein du PRD, je savais qu’Elabé était un Fourlaba, mais il s’était élevé au-dessus du lot en devenant DJIBOUTIEN. Quand son Seigneur l’a rappelé, normalement son vice-président devait lui succéder, mais manque de pot il est Afar. Ainsi depuis 20 ans, Haissama et Souleiman restent éternels  vice-présidents, acceptant maintenant pour la énième fois comme chef le jeune DAF (même si c’est quelqu’un que je respecte beaucoup) simplement parce qu’il est fourlaba.

L’UDJ

Enfin j’ai gardé le meilleur pour la fin, c’est-à-dire Ismaël Guedi Hared, mais pour vous parler ce grand homme, permettez-moi de remonter le temps. En 1976, Adolf H. Gouled qui a toujours été un anti-indépendantiste a reçu de la France l’ordre de changer son parti, la Ligue Populaire Africaine (LPA) en LPAI (pour l’indépendance). La France l’a choisi au détriment des autres indépendantistes pur et dur  parce qu’il était celui qui exécuterait le mieux leur dessein. Faire de Djibouti une république associée à la France.

Malgré son lourd passé et avide d’être indépendant, les Djiboutiens le proclamèrent Père de la Nation.

Au lendemain de l’indépendance, Adolf H. Gouled rejette ce titre Noble et choisit d’être le Père d’une tribu. Il décidât de proclamer la supériorité de la tribu Issa. Pour mener à bien son dessein, il choisit nul autre que Heinrich Himmler alias Ismaël Guedi Hared président de l’UDJ et président de l’assemblée. Farouche partisan de la solution finale pour nettoyer Djibouti des parasites,  (comprendre tout ce qui n’est pas Issa) Himmler disait: «Pas de génocide, le monde peut nous voir, simplement leur interdire l’accès au travail, d’eux-mêmes ils partiront.» Ainsi l’accès au travail devint difficile aux autres et ceux qui y étaient subissaient humiliation sur humiliation.

Un cas concret, Saïd Ahmed Awaleh (frère ainé de l’actuel ministre de l’Agriculture)  fut le premier inspecteur des douanes en 1975, sous l’occupation, et après l’indépendance devint sous-directeur. Les directeurs se succédèrent jusqu’au jour où le dernier ayant pris sa retraite, la rumeur courait que le futur directeur allait finir ses études en juin. Et effectivement, un jeune de l’âge de son fils, fraichement sorti d’une université française fut engagé. Mr Saïd, qui était par intérim, lui enseignât le b-a du métier pendant 6 mois et le jeune fut nommé Directeur.  Suivre cet homme pour qu’il finisse le travail commencé, non merci.

L’UMP

Tout le monde connait IOG et l’UMP, je vais juste ajouter mon point de vue. IOG et l’UMP, pour moi c’est un clan, le clan des SICILIENS,  avec le parrain à leur tête à qui ils doivent allégeance et soumission. Ils n’ont qu’un seul intérêt, celui de se remplir les poches et en premier lieu celles du parrain (IOG) et le jour où tout éclatera, ils ont assez d’argent pour pouvoir vivre hors du pays. Mais contrairement à Himmler, c’est un parti ouvert. Je ne pourrai jamais être Issa, par contre, on peut devenir Mafioso même si personnellement, j’aurai trop de scrupules, d’autres ont pu. Ainsi aujourd’hui, on voit des non Issas, faire la pluie et le beau temps dépendamment de leur place dans la hiérarchie mafieuse, un temps ensoleillé, partiellement nuageux ou orageux.

La SOLUTION

Je comprends que beaucoup d’Issas aimerait retrouver ce temps faste pour eux, mais ô  combien difficile pour nous autres. Il faut savoir qu’il ne peut y avoir une justice ou une démocratie inter Issa.

Ils doivent choisir entre la dictature d’IOG ou la Démocratie et la Justice pour tous.
S’ils choisissent de retrouver la suprématie des Issas, il faut garder la dictature et aussi admettre que les Mamasans soient la crème des Issas. S’ils optent pour la dernière, j’aimerais leur dire que, PLUS RIEN NE SERA COMME AVANT, car qui dit multipartisme dit accès aux urnes et nous saurons choisir celui qui remplira nos conditions. Justice, Démocratie.

Ou pourquoi pas un Président ni ISSA ni AFAR, mais simplement DJIBOUTIEN.

Hamdi Y. Warsama

Communiqué USN

USNCANADA: Comite de soutien USN

Dans le cadre de ses activités le comité de soutien USN du CANADA organise une rencontre de concertation et de sensibilisation avec la base, les militants ainsi que les autres démocrates ce samedi 01 juin 2013. Lors de cette rencontre nous ferons le point sur la situation actuelle que le pays traverse aujourd’hui, un rappel des activités faites du comite jusqu’à’ présent ainsi celles qui auront lieu sous peu.

LIEU ET HEURE :

CENTRE HERON
1480 HERON ROAD
Samedi 01 juin de 18H A’ 21H

CONTACTS :

MOHAMED HOUSSEIN – TEL:613 700 83 71
ZEINAB ISMAEL – TEL:613 614 84 12

Répression à Djibouti

 

Le principal opposant au président Guelleh a écopé de deux mois de prison.

Un véritable vent de ­répression s’est abattu sur Djibouti, micro-État d’Afrique de l’Est, depuis les élections législatives contestées du 22 février, largement remportées par le parti du président Ismail Omar Guelleh. « Depuis les manifestations du 25 février 2013, un grand nombre de militants et de sympathisants politiques sont toujours détenus à la prison centrale de Gabode. D’après les informations recueillies, 90 personnes y seraient à ce jour incarcérées », dénoncent les défenseurs des droits de l’homme de la Fidh et de la LDDH.

Daher Ahmed Farah, principal opposant au ­régime, a été condamné le 17 mars à deux mois de prison ferme pour « trouble à l’ordre public et participation à un mouvement insurrectionnel ». Le président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement, et porte-parole de l’Union pour le salut national, qui regroupe l’ensemble de l’opposition, a décidé de faire appel.

Damien Roustel

L’Humanité.fr

«Tonton m’a dit»

CourrierDe toute évidence, il y a deux apsects que la plupart des médias ne couvrent pas: la guerre de l’information que se livrent trois des formations composant l’USN d’un côté et, la quasi-invisibilité médiatique de certaines composantes de la communauté nationale de l’autre. Ce qui fait réagir certains à propos de l’issue du scrutin du 22 février. Il semble que beaucup de choses se jouent derrière les rideaux. Voici donc les commentaires qu’a bien voulu nous transmettre un ecteur (une lectrice?). A vous de juger… La Rédaction.

 L’article intitulé «TONTON M’A DIT» a été rétiré à la demande de la personne qui nous l’avais envoyé.

Interview exclusif avec Cassim Ahmed Dini

cassim a diniLa campagne de l’USN va bon train. La plupart des leaders de l’opposition sont de la partie et leurs visages passent devant les caméras. Tous? Non! Parmi ces « absents » figurent Cassim Ahmed Dini qui est pourtant à Djibouti et que nous avons pu retrouver. Pour des raisons techniques indépendantes de notre volonté, la qualité de la conversation téléphonique laissait à désirer. Nous avons donc demandé à Cassim de nous envoyer ses réponses par écrit. Nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin. Nous essaierons de retrouver les autres absents dans le but de pésenter la réalité de ces élections sous toutes leurs coutures.

Voici la transcription de cet interview avec Cassim Ahmed Dini.

1. Vous êtes au pays mais on ne vous voit pas ces temps-ci malgré le moment historique, qu’est-ce qui se passe?

Je suis effectivement de retour au pays, après quelques mois de d’absence. Quant au fait que l’on ne me voit pas ces temps-ci, disons qu’il n’est pas nécessaire de crever les écrans de la RTD pour être efficace ou utile: je ne suis pas convoqué par le régime pour jouer au figurant dans son grand spectacle de l’illusion démocratique qu’est à mes yeux le scrutin du 22 février prochain. D’où la question que je vous pose à mon tour, pour être sûr de bien nous comprendre: en quoi vivons-nous un «moment historique» ?

2. Eh bien, dans le fait que l’opposition s’unisse et propose en commun des candidats et des candidates, dont des militants de longue date de l’ARD. Qu’en dites-vous?

«Les personnes ne nous intéressent que pour ce qu’elles personnifient» disait Marx. Il n’y a donc pas lieu de parler ici outre mesure des candidates et des candidats, la polémique sur les conditions scandaleuses de désignation de certains d’entre eux est suffisamment assourdissante dans le pays. Pour ce qui est précisément des candidats de l’ARD, aucune instance du Parti ne les désignés: c’est simple, cela fait trois mois que les responsables fuient systématiquement toutes les réunions auxquelles ils sont convoqués par les militants pour s’expliquer sur leur participation sans aucun mandat, ni sur l’absence des conditions minimales de transparence. Depuis longtemps désavoués par la majorité des militantes et des militants, ils trouveront refuge à l’Assemblée Nationale (au moins pour deux d’entre eux) évitant ainsi la « plèbe carnassière » osant leur demander des comptes sur la léthargie imposée au Parti depuis quelque temps. Enfin, il ne m’appartient pas de porter un quelconque jugement concernant la participation des autres formations politiques à ces « élections ».

3. Que pensez-vous du nouveau mode de scrutin des législatives de 2013? On parle d’ouverture…

Dans ce cas, il s’agit d’une ouverture sur le néant car, j’exclue pour ma part toute victoire de l’opposition du fait de la fraude que rien ne peut contrer, sauf des manifestations populaires. On y reviendra si vous le voulez bien, mais commençons par la nouveauté, c’est-à-dire la petite dose de proportionnelle. Certains y voient l’effet des contraintes multiformes imposées de l’intérieur par le dynamisme de l’opposition et de l’extérieur par les pressions des bailleurs de fonds: c’est selon moi confondre l’analyse politique et l’interprétation des rêves! C’est plutôt un cadeau, qui plus est empoisonné. Quand un régime assure une totale impunité à des criminels de guerre qui se retrouvent sur une liste de candidats à la députation grâce à un casier judiciaire miraculeusement vierge, quand le meurtre d’un collégien ne donne lieu à aucune enquête ni inculpation, il me paraît indécent de parler d’une quelconque contrainte. Permettre à une poignée de députés autres que ceux regroupés sous la bannière de la coalition au pouvoir d’entrer à l’Assemblée Nationale, c’est tout d’abord une entreprise de neutralisation des formes concurrentes d’expression contestataire car, un député, ça se prend forcément au sérieux. Il est là pour atténuer la violence des revendications et tribaliser la représentation nationale. La prise de parole devant ses collègues lui permet également de sortir du néant par la vertu d’une audibilité uniquement consentie par un régime monopolisant tous les médias publics et interdisant la création de radios privées. Car n’oublions que nous sommes dans une société essentiellement de tradition orale: «untel a dit» a plus d’impact qu’ «untel a écrit».
Mais la véritable nouveauté introduite par cette dose de proportionnelle est normalement l’incertitude relative dans les quotas ethniques et tribaux. Ce n’est pas un simple retard d’ordre technique qui a empêché la publication, dans les délais légaux, de la liste des candidats UMP dans les six circonscriptions électorales du pays: il fallait l’adapter en fonction des sièges d’avance réservés aux deux autres en lice. Dont la liste de ce «fou du roi» qu’est le CDU: si deux sièges lui sont accordés à Djibouti-ville, ce sera un coup de tonnerre pour la véritable opposition.
Last but not the least, cette dose de proportionnelle répond à un impératif politique très précis: assurer la survie de cette dictature en provoquant une coupure irrémédiable, au sein de chaque parti, entre le sommet et la base, entre les dirigeants et les militants. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe à l’ARD, véritable maillon faible de l’USN, comme l’a démontré le fiasco retentissant de son déplacement à Obock mercredi 13 février, où aucune concertation n’a non plus eu lieu quant à l’opportunité de participer à ces législatives. En clair, le régime a besoin de partis politiques devenus des coquilles vides, où les militants deviendront progressivement des adeptes fidélisés grâce aux ressources mises à la disposition des députés-gourous par le parti au pouvoir. Faire entrer des députés de l’opposition, et plus particulièrement ceux de l’ARD acceptant de ce fait, malgré toutes les indignations morales, d’enterrer l’accord de paix du 12 mai 2001, donc de mettre en sourdine les causes profondes du conflit armé, c’est le meilleur moyen d’empêcher le fonctionnement démocratique d’un parti. Souvenez-vous de ce qui est arrivé au parti FRUD qui n’existe aujourd’hui que sur le papier, faute d’avoir pu répondre aux attentes de ses militants, en termes de rétribution matérielle (emplois, promotions ou marchés) ou symbolique (la satisfaction d’avoir servi une Cause ayant justifié tant de sacrifices). En définitive, dans les conditions actuelles, c’est-à-dire tant que perdurera la fraude électorale inhérente à la nature de cette dictature sortie des urnes, et considérant l’impact du flux migratoire et du déni de citoyenneté, l’introduction de la proportionnelle et l’entrée de quelques députés de l’opposition à l’Assemblée Nationale, constitueront avant tout une caution démocratique pour le régime. Malheureusement, il semble qu’il y ait là-dessus un accord tacite au sein de toute la classe politique djiboutienne: au cadeau du pouvoir en place, qu’est cette proportionnelle, répond comme en écho du côté de l’opposition l’acceptation anticipée, j’allais dire programmée, de perdre ces élections. Pour qui doute encore que le scrutin du 22 février n’est qu’un alibi, ou un train en cachant un autre, il suffit d’observer la position dominante dans la prise de parole d’orateurs qui ne sont pas candidats ou qui ont des ambitions de destin bien plus exceptionnel: faites un sondage et vous verrez que n’importe qui veut devenir député parce que n’importe qui peut devenir député par la seule volonté du dictateur car, en fin de compte, c’est bien lui qui se choisit ses «représentants du Peuple».

4. Justement, certains candidats ont été écartés de la course à cause de leur double nationalité. Qu’en pensez-vous?

Question très intéressante, dont la réponse tient selon moi en une formule: double nationalité et double langage. Il est vraiment scandaleux de promettre la victoire à des législatives auxquelles on refuse soi-même de prendre part en acceptant d’abandonner l’autre nationalité. Prétendre se réserver pour la prochaine élection présidentielle est encore plus indécent puisque, député comme président de la République procèdent de la même légitimité populaire. Comment peut-on appeler ses concitoyens aux urnes pour des élections auxquelles on refuse de participer pour se garantir la douillette sécurité de la double nationalité? Un leader doit d’abord donner l’exemple: victoire ou pas, il n’a pas à hésiter et doit abandonner l’autre nationalité. Le plus regrettable dans cette affaire, c’est que cela risque de servir d’argument aux concurrents, à moins qu’ils ne choisissent de jeter un voile pudique sur cette duplicité: soit ces binationaux ignoraient l’existence de cette loi, en vigueur depuis des années et ce serait la preuve d’un amateurisme irresponsable, soit ils ont préféré ne pas sacrifier ce privilège et cette sécurité, et ce serait de l’indignité.

5. Quelles sont les dernières nouvelles du pays?

Plus qu’un mécontentement, nos compatriotes expriment majoritairement un dégoût du système en place. Le désir de changement est extrêmement fort, impérieux. Objectivement, les conditions sont là pour une alternance démocratique. Sauf que nous ne sommes pas en démocratie! Et le culte de la personnalité (comme s’il s’agissait d’une élection présidentielle anticipée) ne peut tenir lieu de programme de gouvernement.
Mais l’événement, qui a volé la vedette à l’opposition traditionnelle, c’est le ralliement du RADD, expression d’une société civile écœurée du système en place; même si certains s’interrogent sur ses réelles intentions (cheval de Troie?).
La victoire de l’alliance au pouvoir étant inévitable du fait de la fraude, la seule inconnue de ce scrutin réside dans la détermination de l’opposition à imposer sa légitimité populaire et le rejet flagrant du système. En cas de confrontation, s’ouvrirait alors une période lourde d’incertitude pour laquelle le dictateur semble s’être préparé discrètement en rapatriant des officiers de son armée. A moins qu’il ne s’agisse d’un bluff du style de De Gaulle visitant le général Massu à Baden-Baden au plus fort des événements de Mai 68, comme pour faire planer la menace d’une intervention militaire pour restaurer l’ordre public.
En définitive, c’est le Peuple et lui seul qui déterminera l’issue de ces (ses) législatives: comme lors de la prise de la Bastille (de même qu’en Tunisie et en Égypte récemment), nul besoin de leaders célèbres ou autoproclamé pour mener une révolution. Chacun pense avoir sa petite idée sur la capacité du nôtre à pouvoir déterminer son propre destin, mais n’anticipons pas.

6. Revenons à vous… Certains disent que vous avez quitté le navire ARD. Est-ce vrai?

Décidément, encore moi ? Bouclons la boucle alors. Vous souvenez-vous du naufrage en février 2006 du bateau égyptien «Al-Salam Boccaccio» qui a fait des centaines de victimes? Ce qui avait le plus choqué, c’était le comportement lâche et irresponsable de l’équipage qui a quitté le navire avant les passagers, abandonnant ces derniers à leur sort tragique. Et quand un équipage en fuite invite à prendre place dans son canot de sauvetage quelques privilégiés (candidats et suppléants) choisis sur des critères de proximité familiale, tribale ou amicale, il faut presque de l’héroïsme pour résister à la tentation: c’est la facilité du conformisme logique. C’est ce qui s’est passé à l’ARD, sauf qu’il s’agit ici d’un naufrage dû à l’incompétence de la Direction. Effectivement, le bateau ARD est en train de couler à cause de l’absence de toute stratégie politique, vide concrétisé par une totale destruction des structures organisationnelles et par l’accaparement des pouvoirs entre les mains de trois ou quatre «responsables» que j’appelle tendrement «les Dalton de l’ARD». Lesquels, au lieu de procéder à un bilan autocritique dans le cadre d’un congrès qu’ils ont empêché de se tenir, ont préféré se réfugier dans un jeu électoral truqué pour ne pas avoir à affronter des militants auprès desquels ils sont majoritairement discrédités. Le drame, c’est que la panique règne au sein des passagers (les militants) tellement déboussolés. C’est simple: au lieu d’un mot d’ordre de combat, le slogan en vigueur actuellement à l’ARD est «ASTOR», que l’on peut traduire par «cacher la honte» qu’est la participation à ces élections.
Bref, pour mettre un terme à cette rumeur, distillée aussi bien par le régime que par les naufrageurs du Parti, je ne quitterai jamais l’ARD !

Communiqué de l’USN

Le harcèlement des opposants se poursuit. Daher Ahmed Farah, porte-parole de l’USN (l’Union pour le Salut National, coalition de l’opposition djiboutienne composée notamment des partis comme l’ARD et le MRD) est de nouveau arrêté. Voici le communiqué de l’USN (cliquer dessus pour l’agrandir).

Communiqué de l'USN en date du 5 février 2013

Tribune: comment éviter un nouveau chaos à Djibouti

Comme à l’approche de chaque scrutin, de sérieuses menaces de déstabilisation planent sur Djibouti. Les militants des droits de l’homme Florent Geel et Dimitri Verdonck tirent la sonnette d’alarme avant les législatives de février 2013.

Dans un silence assourdissant, Djibouti vit une oppression qui vient de faire une nouvelle victime, Hafez Mohamed Hassan, un collégien de 14 ans, mort sous les balles des services de sécurité du régime d’Ismail Omar Guelleh, alors qu’il manifestait avec d’autres adolescents pour dénoncer le manque d’infrastructures sportives dans sa région d’Obock.

C’est ce qui se passe à Djibouti quand des élections approchent: des balles et du sang pour tous ceux qui réclament que les élections législatives du 22 février 2013 soient enfin libres, transparentes et équitables.

Ils meurent sous la torture, dans les geôles du régime ou sous les coups et les viols des soldats. Depuis plus de dix ans, les opposants politiques, les syndicalistes, les défenseurs des droits humains et les simples citoyens subissent une répression brutale de la part des forces de police et des services de renseignement djiboutiens, qui s’intensifie à l’approche de chaque élection.

Lors de la présidentielle d’avril 2011, le bilan de cette répression a été le plus lourd de toute l’histoire du pays: plusieurs dizaines de jeunes manifestants tués, des centaines d’autres arrêtés et détenus durant des mois.

L’ancien commissaire européen au Développement et à la Coopération, Louis Michel, sur place au moment des faits avait même déclaré, à l’époque, que «ce qui s’est passé récemment à Djibouti n’est évidemment pas tolérable. L’UE doit exprimer sa désapprobation avec force».

Une présence européenne renforcée

Pourtant, l’Union européenne est le premier bailleur de fonds à destination de la République de Djibouti où elle a décidé de renforcer sa présence; la France, le Japon et les Etats-Unis y disposent chacun d’une importante base militaire dans le cadre notamment de la lutte qu’ils mènent de concert contre le terrorisme et la piraterie et versent pour cela des sommes allant jusqu’à 30 millions de dollars par an.

Il n’est plus possible d’accepter qu’un tel régime continue de tuer, de torturer, d’arrêter, de bâillonner la presse, d’empêcher la liberté syndicale et de réprimer les manifestations pacifiques sans réagir et en poursuivant la «coopération» au nom de la stabilité, de lutte contre le terrorisme et profitant de l’indifférence de l’opinion.

Nous ne sommes pas indifférents au sort des Djiboutiens et de Djibouti. D’ailleurs, face à une situation sociale désastreuse et l’intensification du harcèlement, les partis politiques d’opposition ont décidé, pour la première fois depuis dix ans, de participer aux élections législatives de février 2013 plutôt que de les boycotter.

Daher Ahmed Farah, opposant de longue date et président du principal parti d’opposition, le Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD), a d’ailleurs décidé de clore sa décennie d’exil en Belgique pour rentrer à Djibouti et de mobiliser les électeurs.

Pari courageux, quand on sait qu’aucune des dix revendications adressées par l’opposition au président Ismail Omar Guelleh, dans la perspective de la tenue de ces élections, n’a été acceptée et qu’aucune avancée n’a été enregistrée en matière de respect des droits civils et politiques, depuis plus d’une décennie au moins.

Par principe et sous peine de voir progressivement la situation dégénérer dans une région déjà particulièrement instable, la communauté internationale ne peut pas laisser se dérouler une énième élection tronquée à Djibouti et laisser se poursuivre les exécutions extra-judiciaires, le recours systématique à la torture dans les prisons, les arrestations et les détentions arbitraires, l’absence de liberté de la presse et une justice entièrement dépendante du pouvoir exécutif.

Une opposition mieux structurée

Aidons les Djiboutiens à prendre la parole et veillons à faire arrêter les violations des droits de l’Homme.

En plus des deux experts techniques dépêchés sur place par l’UE, soutenons l’envoi sur place d’une mission civile et indépendante d’observation électorale.

Rappelons enfin aux autorités djiboutiennes que le renforcement de notre présence exige un renforcement de nos exigences à l’égard de Djibouti sur le plan du respect des droits de l’Homme.

Cette exigence qui plaide actuellement en défaveur de la candidature de l’ambassadeur djiboutien Rachad Farah à la présidence de l’Unesco. Cette même exigence qui fait que l’on ne tue pas un collégien de 14 ans, que l’on ne viole pas sa mère, que l’on ne torture pas son père, que l’on n’exécute pas son frère et qu’on laisse voter librement sa sœur. Pourquoi cette exigence serait-elle trop élevée pour Djibouti

Florent Geel, responsable Afrique de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et Dimitri Verdonckprésident de l’Association Cultures & Progrès (ACP).

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